[Note 1377: ][(retour) ] Palma Cayet, Chronologie novenaire, éd. Buchon, Introd., p. 44.

[Note 1378: ][(retour) ] Mémoires-journaux de L'Estoile, t. III, p. 144--Robiquet, Paris et la Ligue sous le règne de Henri III, 1886, p. 351 sqq.

Les chefs de la Ligue étaient embarrassés de cette fuite qu'ils n'avaient pas prévue. Ils ne pensaient qu'à mettre Henri III en tutelle et à commander en son nom. Mais le roi fainéant se dérobait aux maires du Palais. Sous peine de le pousser entre les bras des protestants et de soulever les catholiques qui n'étaient pas de la Ligue, ils ne pouvaient gouverner sans lui ni contre lui. Force leur était donc de conserver les dehors de l'obéissance et d'agir de concert avec celle à qui il avait délégué son autorité dans sa capitale en révolte. Les vues de Catherine s'accordaient sur certains points avec les leurs[1379]. Elle s'efforça d'adoucir son fils et de lui ramener le peuple. Elle encouragea les Corps constitués, Parlement, Cour des aides, et les Capucins à envoyer des députations à Chartres où il s'était arrêté, pour excuser ou pallier la journée des Barricades. La municipalité que la Révolution avait installée à l'Hôtel de Ville fit elle-même, mais par écrit, assurer Sa Majesté de son devoir et de sa fidélité (23 mai). Dans la requête qu'elle joignit à sa lettre et que contresignèrent le duc de Guise et le cardinal de Bourbon, elle rejetait les malheurs de la France sur d'Épernon et La Valette, son frère et réclamait leur disgrâce comme fauteurs d'hérétiques et dilapidateurs du trésor public. Elle priait aussi le Roi de marcher en personne contre les réformés de Guyenne et de laisser le soin de «maintenir» la ville de Paris et «de pourveoir aux choses nécessaires» pendant son absence à la Reine sa mère, «qui par sa prudence s'y est acquise beaucoup de croiance et amour du peuple». Elle «tiendra les choses très tranquilles et sçaura, comme Elle a faict cy devant en semblable occasion, se servir de personnes affectionnées au bien de vos Estats»[1380].

Catherine profita de la confiance qu'elle inspirait aux ligueurs pour les mieux surveiller. Elle signalait à son fils l'occupation du château de Château-Thierry par Guise, et ses projets sur Melun, Lagny, Corbeil, Étampes, et autres lieux autour de Paris[1381]. Elle l'avisait que le sieur de Bois-Dauphin, un des lieutenants du Duc, pratiquait «sur le château d'Angers» et qu'il espérait l'avoir pour de l'argent[1382]. Elle l'invitait à bien prendre garde à Chartres.

[Note 1379: ][(retour) ] Comte Baguenault de Puchesse, Les Négociations de Catherine de Médicis à Paris après la Journée des Barricades, Extrait du Compte rendu de l'Académie des sciences morales et politiques, tirage à part, Orléans, 1903, p. 8 et 9.

[Note 1380: ][(retour) ] Registres des délibérations du Bureau de la Ville de Paris, publiés par François Bonnardot, t. IX (1586-1590), Paris, 1902, p. 132-133.

[Note 1381: ][(retour) ] 2 juin 1588, Lettres, t. IX, p. 357.

[Note 1382: ][(retour) ] 17 juin, Ibid., p. 371.

Mais en même temps elle négociait. Elle travaillait à décider les ligueurs à rabattre de leurs exigences et le Roi à faire des concessions. Henri III trouvait particulièrement dur de reconnaître la municipalité révolutionnaire et de donner au duc de Guise le commandement suprême des armées avec le titre de lieutenant général. Mais la Reine le pressait de faire la paix au plus vite et à tout prix, pour arrêter la propagation de la révolte que le duc de Parme favorisait de tous ses moyens. «...J'emeres myeulx, écrivait-elle à Bellièvre le 2 juin, doner la motyé de mon royaume et ly (au duc de Guise) doner la lyeutenance et qu'i (il) me reconeust et (ainsi que) tout mon royaume, que demeurer haletant au (où) nous sommes de voyr le Roy encore plus mal. Je say bien que [mon fils] ayent le ceour (ayant le cœur) qu'yl a que s'èt une dure medecine [à] avaler; mès yl èt encore plus dur de se perdre de toute l'hautoryté et aubeyssance. Yl serè très loué de set (se) remetre en quelque fason qu'i (il) le puyse fayre pour set heure, car le temps amene baucoup de chause que l'on ne peult panser byen souvent et l'on loue ceulx que ceve (qui savent) seder au temps pour se conserver. Je preche le precheur; mès ayscusés [moi en ce] que jamès je ne me vis en tel anuy (ennui) ny si peu de clarté pour en byen sortyr. Cet (si) Dyeu n'y met la meyn (main), je ne sé que se sera»[1383].

Le Roi envoya son médecin, Miron, à Paris, porteur de propositions qui furent repoussées, et se décida, en désespoir de cause, à subir la loi de ses sujets révoltés. Il adjoignit à la Reine-mère Villeroy, qui amena les princes à formuler leurs vœux: reconnaissance de la Sainte-Union, jouissance des villes de sûreté pour six ans, publication du concile de Trente (sauf les articles contraires aux libertés de l'Église gallicane), levée de deux armées, dont l'une, commandée par le duc de Guise, marcherait en Guyenne, c'est-à-dire contre le roi de Navarre (15 juin).