Mais, pour tout remerciement, Montmorency la rabroua: «Il me semble estant ledit seigneur (Roy) si prochain de vous qu'il sera doresnavant que vous ne devez entrer en aucune despense ny plus faire ordonnance d'autres deniers sans premièrement le luy faire sçavoir et entendre son bon plaisir»[133].

[Note 129: ][(retour) ]: Sur cette affaire, voir Ribier, Lettres et Mémoires d'Estat... sous les règnes de Françoys premier, Henry II, Françoys II, 1666, t. II, lettre du sieur du Mortier au Connétable, p. 388.

[Note 130: ][(retour) ] Fin avril 1552, Lettres, I, 52.

[Note 131: ][(retour) ] Autre lettre de fin avril, I, p. 52.

[Note 132: ][(retour) ] 20 mai 1552, Lettres, I, p. 56.

[Note 133: ][(retour) ] Citée par De Cruc, Anne de Montmorency, p. 115, sans indication de date.--Une lettre très ironique du Roi dans Lemonnier, Hist. de France, t. V, 2, p. 132.

Ses initiatives inquiétaient. Pour la première fois, elle laissait voir le désir assurément légitime de tenir son rang. Sa prétention d'être régente pour tout de bon, et cette passion d'activité, c'était une révélation. Une Catherine apparaît que la Cour ne soupçonnait pas. La femme d'État perçait sous l'épouse obéissante.

Dans les affaires italiennes, elle montre à la même époque la même volonté d'intervenir. À son départ pour la France, Alexandre de Médicis était depuis deux ans duc héréditaire de Florence, par la grâce de Clément VII et de Charles-Quint et le consentement du peuple. Elle n'aimait guère ce frère bâtard, estimant peut-être qu'il occupait une place où elle se croyait, comme fille légitime, plus justement destinée. Quand la nouvelle survint qu'il avait été assassiné par un de leurs cousins, Lorenzino de Médicis (5 février 1537), elle prit la chose si doucement, racontait la reine de Navarre à un agent florentin, «que mieux ne se pouvait imaginer»[134]. Alexandre ne laissait pas d'enfant. Un Médicis, d'une branche cadette, intelligent et énergique, Côme, fils de Maria Salviati et de Jean des Bandes Noires, l'ancien compagnon de jeux de Catherine, accourut à Florence et se fit reconnaître pour chef par le peuple, et quelques mois après par l'Empereur. François Ier n'eut pas même le temps de décider s'il ferait valoir les droits de sa bru ou travaillerait à rétablir la République. L'oncle de Catherine, le fameux banquier Philippe Strozzi, souleva les ennemis du nouveau duc; mais il fut vaincu à Montemurlo (1538) et enfermé dans une prison où il mourut, non sans soupçon d'aide.

François Ier avait gardé rancune à Côme de son bonheur et de ses attaches avec Charles-Quint. Il refusa d'accorder à son ambassadeur la préséance sur celui de Ferrare[135]. Henri II, qui pouvait se prévaloir des droits de sa femme, était encore plus mal disposé[136]. Entre tous les fuorusciti (bannis), napolitains, milanais, génois, etc., que la Cour de France recueillait pour s'en servir dans ses entreprises italiennes, il montrait une particulière faveur aux Florentins. «La mauvaise volonté du Roi envers vous, écrivait à Côme son ambassadeur à Rome, vient de ce que vous avez servi et servez l'Empereur... et de ce que vous êtes maître de cet État de Florence auquel aspire Sa Majesté très Chrétienne»[137].

[Note 134: ][(retour) ] «Che ella se ne passava tanto bene, che plu non si poteva imaginare.» Ferrai, Lorenzino de Medici e la Società Cortigiana del Cinquecento. Milan, 1891, p. 282.