[Note 142: ][(retour) ] François Ier avait dressé son camp à Marolles pour secourir Landrecies que Charles Quint assiégeait. Brantôme, t. II, p. 269.

[Note 143: ][(retour) ] Brantôme, Œuvres, éd. Lalanne, II, 269-270. Cf. VI, 163.

C'était bien le serviteur qu'il lui fallait, entreprenant et fidèle. Au nom de la liberté, ce fils du vaincu de Montemurlo pouvait soulever contre Côme les partisans de Catherine et ceux de la République. Henri II, qui avait mêmes vues sur lui, le nomma, aussitôt après son avènement, capitaine général de l'infanterie italienne[144]. Il le fit chevalier de l'Ordre le jour de son sacre. Strozzi, si cher à la Reine, avait eu le talent de plaire à la favorite, à un favori, le maréchal de Saint-André, et aux Guise. Mais Montmorency le considérait comme un aventurier, et son crédit était grand.

La défiance du Connétable parut justifiée par la conduite du frère de Pierre, Léon, qui commandait les galères du Levant. C'était quelques mois avant la campagne d'Austrasie et l'occupation des Trois-Evêchés. Henri II avait pris parti pour les Farnèse, que le pape Jules III voulait dépouiller du duché de Parme, un fief de l'Église romaine, pour en investir l'Empereur, et il les soutenait d'hommes et d'argent[145]. Pendant ces premières hostilités, Léon, qui avait été, par intrigue ou pour incapacité, privé de sa charge en faveur du sieur de Villars, neveu du tout puissant Connétable, tua, de colère, un de ses serviteurs, Jean-Baptiste Corse, qu'il accusait d'avoir comploté sa disgrâce et même voulu attenter à sa vie, et il s'enfuit de Marseille à Malte avec deux galères (septembre 1551)[146]. Cette défection, à la veille d'une grande guerre--presque une trahison--risquait de ruiner tous les Strozzi et de compromettre la Reine, leur cousine et leur patronne. Aussi Catherine ne perdit-elle pas de temps. Six jours seulement après la naissance d'Édouard-Alexandre (le futur Henri III), elle se mettait à son écritoire, écrivait au Roi, au Connétable: «Je vouldrois, disait-elle à Montmorency, que Dieu eust tant faict pour luy de l'avoir osté de ce monde à l'heure qu'il luy donna la volunté de s'en aller»[147]. Elle ne pensait pas revoir jamais «chose qui aprochast de ceste faute» et pourtant elle était sûre «qu'il ne l'a point faict par meschanceté», s'étonnant «qu'ung si meschant homme comme Jehan Baptiste Corse eut eu puissance de luy faire peur ou doubte». Avant tout elle avait à cœur de certifier la fidélité de Pierre. Elle priait le Connétable de faire que «le Roy ayt tousjours le seigneur Pietre pour recommandé, car bien que son frère ayt failli, je suis, affirmait-elle, certaine de luy qu'il mourra à son service»[148] (26 septembre 1551).

[Note 144: ][(retour) ] Corresp. de Saint-Mauris, ambassadeur de Charles-Quint, Rev. hist, t. V (septembre-décembre 1877), p. 107.

[Note 145: ][(retour) ] Romier, I, p. 230 sqq.

[Note 146: ][(retour) ] Brantôme, t. IV, p. 393.

[Note 147: ][(retour) ] 26 septembre 1551, Lettres, I, 44.

[Note 148: ][(retour) ] Ibid., Cf. I, 46.

Dans une lettre à Henri II, tout en déclarant que son plus grand désir serait de savoir le coupable noyé, elle ne laissait pas d'indiquer les circonstances atténuantes. Quant à Pierre, elle se portait garante qu'il mourrait plutôt «de san (cent) myle mort que de vous faire jeamès faulte ny oublyer l'aublygazyon quy (qu'il) vous ha». Elle le suppliait de lui pardonner cette longue lettre, «pansant le deplésyr que je hay» dont rien ne la pourra ôter que l'assurance de n'être pas éloignée, par la faute de ce malheureux, «de votre bonne grâce an laquele, disait-elle, très humblemant me recommande». Et elle signait: «Vostre tres humble et tres hobéysante famme»[149].