[Note 149: ][(retour) ] Lettres, 45 et aussi p. 47.

Elle n'obtint pas pour Laurent un sauf-conduit pour venir se justifier, mais le seigneur «Pietre», les affaires d'Italie aidant, fut plus en faveur que jamais.

Les fuorusciti s'étaient jetés avec passion dans la guerre de Parme, espérant y entraîner toute la péninsule. Ceux de Florence projetaient d'attaquer Côme. Catherine favorisait leurs menées et partageait leurs espérances. Quand elle apprit que le pape Jules III, las de sa politique belliqueuse, négociait avec Henri II une alliance de famille entre les Farnèse, clients de la France, et Côme, vassal de l'Empereur, elle se plaignit à son mari de n'avoir pas été consultée. «En cette circonstance, mandait à Côme son secrétaire d'ambassade en France, B. Giusti. la Reine a fait la folle: elle a pleuré devant le Roi, disant qu'on n'avait nul égard pour elle»[150].

[Note 150: ][(retour) ] Desjardins, Négoc., t. III, p. 278.

Mais Henri II, comme on le vit bientôt, jouait double jeu. Quand les Siennois eurent chassé (26 juillet 1552) la garnison espagnole qui, depuis douze ans, occupait la citadelle, il leur envoya des secours. Sienne, à deux ou trois journées de Florence, pouvait servir de point d'appui aux ennemis de Côme. Après quelques hésitations, il nomma Pierre Strozzi, leur chef, son lieutenant général à Sienne (29 octobre 1553). Catherine crut que le moment était venu de faire valoir ses droits sur Florence. Elle obtint de son mari l'autorisation d'engager ses domaines d'Auvergne pour aider Strozzi à délivrer Florence de l'esclavage, et elle en vendit, paraît-il, pour cent mille écus[151]. Elle déclara aux ambassadeurs de Sienne, qui sollicitaient sa protection, qu'elle voulait être «la procuratrice» de la Cité. «Il est impossible, écrivait le 4 mai le Siennois Claudio Tolomei, de peindre l'ardeur et l'amour avec lesquels la Reine se dévoue aux affaires de Sienne et le courage qu'elle montre, non seulement en paroles, mais par ses actes»[152]. Le cardinal de Tournon déclarait à l'ambassadeur vénitien, Giovanni Capello, (10 juillet 1554) que «si la liberté de Florence était rétablie, la Reine en aurait tout le mérite»[153]. Henri II avait rappelé Léon Strozzi à son service (janvier 1554); il nomma Pierre maréchal de France pour accroître son prestige (20 juillet 1554).

[Note 151: ][(retour) ] Par une procuration du 28 novembre 1533, Henn II, à la sollicitation de sa femme, l'autorise à vendre, aliéner, engager tout ce qu'elle tient et possède... «par succession de ses feu père et mère en nostre pays d'Auvergne... afin de nous bailler les deniers qu'elle en pourra tirer et recouvrer.» Correspondance politique de Dominique du Gabre (évêque de Lodève), trésorier des armées à Ferrare (1552-1557), publiée par Alexandre Vitalis, Paris 1903, Append., p. 291-292.--Romier, p. 418.

[Note 152: ][(retour) ]: Romier, t. I, p. 418 et notes.

[Note 153: ][(retour) ] Id., I, 428.

Mais Strozzi fut vaincu à Marciano (2 août 1554) par les troupes espagnoles, renforcées de celles de Côme, et ces grands espoirs furent détruits. On cacha quelques jours la mauvaise nouvelle à Catherine, qui était enceinte de deux mois. Quand elle l'apprit, elle pleura beaucoup; mais avec cette maîtrise, «dont elle donna plus tard tant de preuves», elle se ressaisit vite. Elle envoya un de ses valets de chambre visiter Pierre, qui avait été grièvement blessé. Elle écrivit aux Siennois, pour relever leur courage, une lettre curieuse où un mot fait impression: «Davantage (de plus) de notre côté, pour la dévotion que nous avons (non moindre que la vôtre) à la Patrie, nous vous prions d'être assurés que nous nous emploierons et procurerons continuellement envers le Roi, mon dit Seigneur, de sorte et manière que sa puissance ne vous manquera en compte aucun pour l'entretenement et conservation de votre État et liberté en son entier»[154].

La patrie dont elle parle, ce n'est ni Sienne, ni Florence, ni même la Toscane, mais l'Italie. Le souvenir de Rome maintenait vivante parmi les divisions territoriales de la péninsule l'idée d'une patrie commune. Et puis le mot sonnait si bien.