[Note 190: ][(retour) ] Ibid., p. 220-221.

[Note 191: ][(retour) ] Histoire ecclésiastique des églises réformées, t. I, 223-224. De La Place, De l'estat de la religion et république (éd. Buchon), p. 12-14.

Deux mois après, il était mort, et François II lui succédait. Les réformés comptaient que le changement de règne amènerait un changement de politique. Mais les Guise n'avaient nulle volonté d'arrêter la persécution. Ils étaient zélés pour la cause catholique et intéressés à la défendre. Le cardinal de Lorraine, archevêque de Reims, abbé de Saint-Denis, de Cluny, de Marmoutier, de Tours, de Fécamp, etc., et qui tirait de tous ses bénéfices 300 000 livres de revenu, devait détester une secte qui voulait abolir la hiérarchie ecclésiastique, organiser démocratiquement l'Église et l'appauvrir pour la régénérer. Les réformés avaient d'ailleurs des relations inquiétantes avec le premier prince du sang, Antoine de Bourbon, le héros du Pré-aux-Clercs, de qui ils attendaient le triomphe de l'Évangile. Dès le premier jour ils opposèrent les droits qu'il tenait de sa naissance à ceux que conférait aux oncles de Marie Stuart la désignation royale. Les jurisconsultes de l'Église réformée--et il en était d'éminents, comme François Hotman,--recueillirent, dans la plus ancienne histoire de France, les précédents qui assignaient aux princes du sang un rang privilégié dans l'État, bien au-dessus des sujets et tout à côté des rois. Sous prétexte que François II était incapable de gouverner, ils soutenaient qu'il y avait lieu de constituer une régence dont le titulaire ne pouvait être qu'Antoine de Bourbon, premier prince du sang. Les Guise ne furent que plus ardents à appliquer les édits. Ils pressèrent le jugement des quatre conseillers arrêtés le jour de la fameuse mercuriale, et en particulier d'Anne Du Bourg, conseiller-clerc qui passait pour avoir bravé Henri II en face[192].

[Note 192: ][(retour) ] Interrogatoires de Du Bourg et des autres conseillers, Mémoires de Condé, t. I, p. 224-246.

C'est alors qu'en leur désespoir, les réformés, sur le conseil de Condé, de sa belle-mère, Mme de Roye, et de l'Amiral, écrivirent à la Reine-mère pour la prier de s'opposer à la fureur des Guise.

Le bruit courait qu'elle n'était pas «ennemie de la religion». Elle aimait tendrement Marguerite de France, la nouvelle duchesse de Savoie, une catholique si tiède que Calvin l'exhortait un peu plus tard à faire défection. Elle avait vécu dans l'intimité de Marguerite d'Angoulême, le poète de l'amour divin, et y avait connu un certain Villemadon. Ce vieux gentilhomme lui rappela (lettre du 26 août), qu'au temps où elle désespérait d'avoir des enfants, il lui avait conseillé de recourir à Dieu et que l'ayant fait, elle avait été exaucée. Elle gardait alors dans son coffre une Bible,--la traduction peut-être de Lefèvre d'Etaples ou d'Olivetan[193]--où elle lisait quelquefois ou laissait lire ses serviteurs; elle avait, lors du grand engouement de la Cour pour la musique sacrée, chanté, et certainement de tout cœur, le psaume 141, qui exprimait mieux que les autres la souffrance d'une épouse stérile et délaissée.

[Note 193: ][(retour) ]193: La traduction en français du Nouveau Testament, par Lefèvre d'Etaples, parut en 1523. Le Trésor des Saints Livres, d'Olivétan, ou, comme on dit, la Bible de Serrières, du lieu où elle fut imprimée (près de Neuchâtel, en Suisse), parut en 1535.

Cette crise de religiosité avait été courte, mais on voulait croire à un sentiment profond, refoulé par les attraits du monde, et qui, à la première occasion favorable, reparaîtrait. Un indice, pensait-on, c'est que la Reine, si timide et si déférente aux volontés de son mari, eût pendant les dernières années du règne montré une fois quelque regret de la persécution. Un mois environ après la défaite de Saint-Quentin (5 septembre 1557), on avait surpris dans une maison de la rue Saint-Jacques, en face du collège du Plessis, près de cent cinquante réformés, hommes et femmes, dont plusieurs nobles dames, réunis là pour prier ensemble et célébrer la Cène. Écoliers, prêtres et gens du quartier, qui rendaient l'hérésie responsable des malheurs du royaume, leur firent escorte jusqu'aux prisons du Châtelet, où le guet les conduisait, en les invectivant et les frappant, au désespoir de ne pouvoir faire pis[194]. Les juges en condamnèrent quelques-uns au feu, et parmi eux un vieux maître d'école, un avocat au parlement de Paris et une jeune femme de vingt-trois ans, «Damoiselle Philippe de Luns», veuve du sieur de Graveron. Les deux hommes furent brûlés vifs; leur compagne, flamboyée aux pieds et au visage avant d'être étranglée et jetée au feu[195]. Tous trois moururent avec une «constance» admirable. Le récit de ce supplice, et peut-être du courage de la jeune femme, émut Catherine, qui le laissa voir. Elle fit plus, à ce qu'il semble. Une de ses dames, Françoise de La Bretonnière ou de Warty, veuve de Charles d'Ailly, seigneur de Picquigny, et mère de Marguerite d'Ailly, qui épousa en 1581 François de Châtillon, comte de Coligny[196], assistait à l'assemblée de la rue Saint-Jacques, et elle avait été, elle aussi, emprisonnée. Comme le président La Place, un contemporain, dit qu'elle «fut renvoyée à la Reine», il n'est pas exagéré de croire que Catherine demanda sa mise en liberté[197].

[Note 194: ][(retour) ] Les références dans Calvin, Opera Omnia, t. XVI, col. 602 et 603, note. Ajouter La Place, Commentaires, p. 4.--Romier, t. II, p. 254, note 1, a publié la liste des prisonniers.

[Note 195: ][(retour) ] [Jean Crespin], Histoire des martyrs persecutez et mis à mort pour la vérité de l'Évangile depuis le temps des Apostres jusques à l'an 1574, revue et augmentée d'un tiers en ceste dernière édition, 1582, livre VII, fo 434. Cf. N. Weiss, B. S. H. P. F., 1916, p. 195-235.