[Note 196: ][(retour) ] Lettres de Catherine, X, 509, note 9, et 510, note 8.
[Note 197: ][(retour) ] Les ministres Farel, Bèze et Carmel, sollicitant le Conseil de Berne d'intervenir au nom des Cantons auprès d'Henri II en faveur des prisonniers (lettre du 27 septembre 1557, citée par Romier, Les Origines politiques des guerres de religion, t. II, 1914, p. 263, note 3), lui rappellent «qu'il y a des plus gros de la Court [de France] qui favorisent à nostre cause, mays sont timides», et immédiatement le supplient d'«escripre à la Royne (Catherine), à Madame Marguerite [de France], au roy de Navarre et à Monseigneur de Nevers (François de Clèves) qu'ils prennent couraige pour parler au Roy....». Cette lettre prouve tout au moins que Catherine ne passait pas pour hostile aux réformés.
Les réformés interprétaient ce mouvement de compassion comme une marque de sympathie pour leurs croyances. Ainsi peut-on s'expliquer que dans leur recours à Catherine, ils ne lui aient pas écrit comme à une inconnue. «Vivant le feu roy Henri et de longtemps, disaient-ils, ils avoyent beaucoup espéré de sa douceur et bénignité, en sorte qu'oultre les prières qui se faisoyent ordinairement pour la prospérité du roy, ils prioient Dieu particulièrement qu'il luy pleust la fortifier tellement en son esprit qu'elle peust servir d'une seconde Esther». Ils la suppliaient de «ne permetre ce nouveau règne estre souillé de sang innocent», ajoutant avec la rude gaucherie des gens de foi entière: «lequel [sang] avoit tant crié devant Dieu qu'on s'estoit bien peu appercevoir son ire avoir esté embrasée». Catherine avait le droit de s'irriter que, deux ou trois semaines après la perte d'un mari très cher, sa mort lui fut présentée comme un juste châtiment du ciel, mais il n'était pas de son intérêt de repousser les avances. La prévision, par où la supplique finissait, de nouveaux malheurs, si la persécution continuait, lui donnait envie d'en apprendre davantage. Elle répondit, écrit le ministre Morel à Calvin (1er août), «avec assez de bonté (satis humaniter)»[198].
Les réformés insistèrent. Ils tremblaient pour Du Bourg et les autres conseillers dont le cardinal de Lorraine hâtait la condamnation. Quelques jours après, ils lui écrivirent encore qu'elle ne permît pas, en dissimulant toujours, de verser à flots le sang des fidèles. Elle fit une réponse assez bienveillante (satis comiter), promettant de faire améliorer leur sort «pourvu qu'on ne s'assemblast et que chacun vescut secrètement et sans scandale»[199].
[Note 198: ][(retour) ] Regnier de La Planche, Histoire de l'estat de France... sous le règne de François II, éd. Buchon (Panthéon littéraire), p. 211. Cette supplique est antérieure au 1er août, date d'une lettre de Morel à Calvin où il en est question. Calvini Opera, t. XVII, col. 590.
[Note 199: ][(retour) ] Seconde lettre des fidèles: Morel à Calvin, 3 août 1559. Calvini Opera Omnia, XVII, col. 591. Réponse de la Reine: Morel à Calvin, 15 août. Ibid., col. 597. Voir aussi Regnier de La Planche, p. 211, dont les lettres de Morel permettent ici et ailleurs de préciser et de rectifier la chronologie.
Mais elle entendait rester juge du mode et de l'heure de son intervention. Les suppliants apprirent avec colère qu'elle avait d'autres affaires que de sauver les «pieux».... Comme, en sa présence, le cardinal de Lorraine donnait des ordres pour l'extermination des prisonniers, non seulement elle n'essaya pas d'apaiser cette bête féroce, mais elle ne donna pas le moindre signe de tristesse. Alors le Consistoire de l'Église de Paris, ou, comme s'exprime Morel, «notre Sénat[200]», lui écrivit en des termes que probablement les politiques de la secte conseillèrent sans succès d'adoucir: «Que sur son asseurance de faire cesser la persécution, ils s'estoyent de leur part contenus selon son désir et avoyent faict leurs assemblées si petites que l'on ne s'en estoit comme point apperceu, de peur qu'à ceste occasion elle ne fust importunée par leurs ennemis de leur courir sus de nouveau; mais qu'ils ne s'appercevoyent aucunement de l'effect de ceste promesse, ains (mais) sentoyent leur condition estre plus misérable que par le passé, et sembloit, veu les grandes poursuites contre Du Bourg, qu'on n'en demandast que la peau.... Quoy advenant, elle se pouvoit asseurer que Dieu ne laisseroyt une telle iniquité impunie, veu qu'elle cognoissoit l'innocence d'iceluy et que tout ainsi que Dieu avoit commencé à chastier le feu roy, elle pouvoit penser son bras estre encore levé pour parachever sa vengeance sur elle et ses enfans...» Catherine fut, comme de raison, outrée de ce langage. «Eh bien! dit-elle, on me menace, cuidant me faire peur, mais ils n'en sont pas encore où ils pensent»[201]. On lui parlait comme si elle trahissait une cause qui fût sienne; mais, déclarait-elle à l'Amiral, à Condé, à Mme de Roye, qui cherchaient à l'apaiser, elle n'entendait rien à leur religion «et ce qui l'avoit paravant esmeue à leur désirer bien estoit plustost une pitié et compassion naturelle qui accompaigne volontiers les femmes, que pour estre autrement instruite et informée si leur doctrine estoit vraie ou fausse»[202].
[Note 200: ][(retour) ] Calvini Opera Omnia, t. XVII, col. 597, 15 août.
[Note 201: ][(retour) ] Cette lettre est antérieure au 15 août, comme on peut le voir d'après la lettre de Morel à Calvin où il en est fait mention. Elle est rapportée tout au long par Regnier de La Planche, mais pas à sa date (p. 219-220).--Morel à Calvin, Calvini Opera Omnia, XVII, col. 597: «Quibus perfectis, hem, inquit, etiam mihi minantur».
[Note 202: ][(retour) ] Regnier de La Planche, p. 220.