[Note 226: ][(retour) ] Regnier de La Planche, p. 298-299.
[Note 227: ][(retour) ] Et non de l'Assomption, comme dit le texte imprimé de Regnier de La Planche, p. 302. Cf. p. 304, les faits qui permettent de rectifier cette fausse indication.
C'était, affirmait Théophile, une vérité établie que les «forces... apparues près Amboyse n'estoyent contre la majesté du Roy ny contre elle ou aucun prince du sang, mais seulement pour se munir contre ceux qui les voudroyent empescher de se présenter à Leurs Majestés pour leur remontrer les choses qui concernoyent l'estat du Roy et la conservation du royaume». Il allait de soi «qu'il n'y a droict ni divin ni humain qui permette aux subjects d'aller en armes faire doléance à leurs princes, ains seulement avec humbles prières». Aussi combien de fois--la Reine-mère pouvait s'en souvenir--les réformés, ayant les moyens de se défendre, avaient-ils mieux aimé «mettre les armes bas» et «encourir la note de cueur lasche que de faire acte approchant de rébellion et de désobéissance contre leur prince et naturel seigneur». Mais ces preuves de leur fidélité ayant uniquement servi d'occasion «aux meschans d'estre tant plus audacieux jusques à faire acte de tyrans, usurpateurs du roy et du royaume, contre toutes les loix et statuts inviolablement observés en France, il a été finalement licite de repoulser ceste violence par aultre violence, veu que leurs ennemys empruntoient les forces du roy pour les destruire.» «Et ce qui les esmouvoit davantage,» c'est que les édits faits «durant les dangers» n'étaient pas appliqués, et que l'on avait lieu de croire qu'ils ne le seraient pas, tant que les Guise seraient près de Sa Majesté. En effet, ils «poursuivoyent», pour les faire mourir et s'emparer de leurs biens, les gentilshommes qui s'étaient retirés de l'entreprise, confiants dans le pardon du Roi. Aussi ceux-là et même «ceux qui n'estoyent encore bougés de leurs maisons... se préparoyent à marcher comme désespérés, jugeant qu'il leur convenoit plutost mourir tous ensemble en combattant qu'estant prins en leurs maisons l'un après l'autre tendre le col à un bourreau.»
C'est ce que la Reine-mère «devoit bien considérer et penser en elle-mesme à la conséquence où pourroyent tomber ces désespérées entreprinses, où l'on jouoit à quitte ou à double. Car encores que ce fut la ruyne de ceux qui s'eslesveroyent, si est-ce qu'elle devait plutost y remédier promptement que l'effect advenu procéder à la destruction entière de ceux qui autrement estoyent de ses meilleurs subjects». Le remède, c'était en premier lieu de «pourveoir au gouvernement du royaume et bailler un Conseil au Roy, non à l'appétit de ceux de Guyze, mais selon les anciennes constitutions et observations de France»; en second lieu, de tenir un «Concile sainct et libre, sinon général, à tout le moins national», où toutes choses étant «décidées par la parolle de Dieu,» «ceux qu'on condamnoit maintenant sans estre ouys s'attendaient de gaigner leur cause». Et jusque-là Théophile requérait pour les fidèles le droit de demeurer «en la simplicité des Escriptures» et «de vivre selon le contenu d'une confession de foy accordée et receue en toutes les églises réformées de France»[228].
[Note 228: ][(retour) ] Analyse du Théophile, dans Regnier de La Planche, p. 299-302.
La Reine mère venait de lire cette consultation politico-religieuse quand Marie-Stuart, «qui la suyvoit, comme estant aux aguets de toutes ses actions», entra et la surprit le mémoire en main. Elle lui demanda ce que c'était, et Catherine, pour se tirer d'embarras, nomma le porteur du paquet. Les Guise firent arrêter Le Camus.
Catherine n'était pas brave, et vite elle abandonnait les gens qui la compromettaient. D'ailleurs l'insistance des réformés à mettre en avant les droits des princes du sang, qui étaient destructifs des siens, ne pouvait que lui déplaire. Quand Le Camus fut plus tard conduit devant elle, le 5 juin, à Villesavin (près de Romorantin), elle lui reprocha, en présence des Guise, ces remontrances «pleines d'injures et animosité contre le Roy son fils et elle». Et comme Le Camus répondit que «sous sa correction les dites remontrances n'estoient telles», elle répliqua que «c'estoit bien contre elle en tant qu'elles s'adressoyent contre les sieurs de Guise, ministres et oncles du Roy». Le Camus protesta qu'elles ne tendaient «qu'à induire le Roy et ladicte Dame à faire assembler les Estats du royaume pour remédier aux confusions» du pays «et au mescontentement de ce que lesdicts de Guyse s'estoient emparés de la personne du Roy et du gouvernement du royaume contre la volonté des princes du sang et des Estats». On l'envoya prisonnier au château de Loches[229].
[Note 229: ][(retour) ] Regnier de La Planche, p. 304.
Il importait beaucoup à Catherine de savoir si les «connétablistes» s'accordaient avec les réformés sur cette question des princes du sang. À Saint-Léger[230], où la Cour alla en ce même mois de juin (1560), elle manda «un certain Louis Regnier, seigneur de La Planche», «qu'on estimoit dès lors servir de conseil bien avant au mareschal de Montmorency », fils du Connétable. L'histoire publiée sous son nom[231], De l'Estat de France sous François II, précieuse par les documents qu'elle cite, quelquefois tout au long, et par les faits qu'elle rapporte, est le récit le plus complet et le plus vivant, quoique partial et passionné, des débuts politiques de Catherine. La Planche, qu'elle questionna sur la conjuration d'Amboise, s'excusa tant qu'il put de dire son avis; mais, sommé de parler, il expliqua que les troubles avaient à la fois des causes religieuses et politiques, et qu'il y avait «deux diverses sortes» de «huguenauds». Les uns, qui «ne regardent qu'à leur conscience» avaient été «esmeus» par La Renaudie à prendre les armes, «ne pouvant plus à la vérité supporter la rigueur, laquelle on a si longtemps continuée contre eux»; les autres, qui «regardent à l'estat public», sont irrités de voir l'estat du royaume estrangement conduit par estrangers, les princes du sang estant forclos».
[Note 230 ][(retour) ] Saint-Léger (Seine-et-Oise), est à 12 kilomètres de Rambouillet; les rois de France y avaient une résidence, au milieu de la forêt.