[Note 231: ][(retour) ] Elle n'est probablement pas de lui, au moins en entier. Il ne s'appellerait pas lui-même (éd. Buchon, p. 316) «un certain Louis Regnier», et ne donnerait pas comme une opinion qu'il fût le confident du maréchal de Montmorency. Après avoir dit à la Reine-mère, dans l'entretien analysé ici, que La Renaudie voulait, «soubs prétexte de présenter une requeste, venger la mort» d'un sien beau-frère, il ne se serait pas démenti en ces termes (éd. Buchon, p. 318). «Tel fust le pourparler de La Planche, homme politique plustost que religieux, s'abusant en ce qu'il mict en avant des différends de la religion, non moins qu'en ce qu'il dict de l'intention qui avoit esmeu La Renaudie». La critique de beaucoup de documents du xvie siècle reste à faire.
Il serait aisé--en quoi La Planche se trompait--d'apaiser les huguenots de religion «par une assemblée de quelques suffisans personnages, lesquels, soubs couleur de traduire fidèlement la Bible, cotteroyent les différends (les points de désaccord entre les réformés et les catholiques), et trouveroyent finalement qu'il n'y a pas si grande discorde qu'il semble entre les parties». Mais les huguenots d'État «ne s'apaiseroyent aiséement, sinon mettant les princes du sang en leur degré et demettant tout doucement ceux de Guyse par une assemblée des Estats». La Planche reprocha aux Guise, simples cadets de la maison de Lorraine, de prétendre au gouvernement de l'État et même au titre de princes, le roi ne pouvant faire des princes qu'avec la reine. «Sa conclusion fut que si elle (Catherine) vouloit éviter un remuement bien dangereux, il falloit contenir ceux de Guyse en leurs limites ou pour le moins leur bailler comme une bride et contrepoix de François naturels et tenir les uns et les autres en raison.» Elle répondit qu'en employant les Guise, elle n'avait fait que suivre «les traces du feu roy son mary» et «qu'elle eust bien voulu que le roy de Navarre et le prince de Condé se fussent rangés à la Cour, à l'exemple de messieurs de Montpensier et de La Roche-sur-Yon, qui s'y voyoient favorablement traictés et honorés.» Mais... «c'estoit mesmes contre la personne du Roy» que l'entreprise d'Amboise avait été dressée. La Planche répliqua que «ceux qui occupoyent la place des princes du sang, sçachant iceux ne pouvoir estre déboutés, selon leurs anciens privilèges, que par le seul premier chef du crime lèze-majesté, avoyent plustost forcé (? forgé) ceste accusation, substituant la personne du Roy au lieu de la leur.»
Le cardinal de Lorraine avait entendu cette attaque contre sa maison, «caché derrière la tapisserie». La Planche fut «renvoyé disner», puis rappelé l'après-midi. La Reine-mère alors lui déclara «qu'elle ne se pouvoit persuader que ceste querelle fut advenue pour les honneurs prétendus par ceux de Guyse» et qu'en tout cas «il se trouveroit bon remède, donnant le premier lieu aux princes du sang et le second à ceux de Guyse, de sorte qu'après le premier prince du sang marcherait le premier prince de Lorraine; après le second prince du sang, le second prince de Lorraine, et ainsi consécutivement; mais qu'il sçavoit bien d'autres choses s'il les vouloit dire.» Par promesses claires, par menaces vagues, elle essaya de le faire parler et même elle le pria de l'aider à prendre «certains principaux rebelles sans luy nommer de près ny de loing la maison de Montmorency». Mais La Planche courageusement remontra «que ceux de Lorraine ne devoyent nullement tirer au colier avec les princes du sang, ains (mais) leur céder et faire place». «Et quant à la capture de ces prétendus rebelles, il trancha le mot, qu'il n'estoit ni prévost des mareschaulx ni espion.» Elle le fit arrêter, mais «il se purgea si évidemment d'avoir eu intelligence avec La Renaudie qu'au bout de quatre jours il fut relâché[232].
[Note 232: ][(retour) ] Regnier de La Planche, p. 316-318.
De toutes ces consultations, Catherine conclut qu'il fallait à tout prix rompre la coalition des huguenots d'État et des huguenots de religion. Peut-être pensait-elle, comme Regnier de La Planche, qu'il serait plus aisé de satisfaire ceux-ci que ceux-là et en tout cas c'étaient les concessions qui devaient le moins lui coûter. L'état du royaume demandait qu'on se hâtât. L'Édit de Romorantin n'avait pas calmé les passions; les réformés tenaient des prêches et s'assemblaient en armes; ils faisaient aux Guise une guerre de pamphlets qui était le prélude de l'autre. Déjà des bandes couraient la Provence, le Dauphiné, la Guyenne et saccageaient les églises. Sur l'avis de Coligny, la Reine-mère fit décider la réunion à Fontainebleau des plus grands personnages pour aviser aux nécessités du royaume. Ce fut une sorte de Conseil élargi, où le Roi appela, outre ses conseillers ordinaires, les princes du sang, les grands officiers de la Couronne et les chevaliers de l'Ordre [de Saint-Michel]. Le Connétable y vint accompagné de huit cents ou mille chevaux. Mais, malgré ses exhortations, Antoine de Bourbon et son frère restèrent en Béarn et laissèrent passer l'occasion d'exposer solennellement leurs droits et leurs griefs, et d'ôter à leur cause l'allure d'un complot.
L'assemblée s'ouvrit le 21 août, «en la chambre de la Reine-mère», sous la présidence du jeune Roi. Catherine pria les personnages «que le Roy son fils» avait convoqués de le «vouloir conseiller.... en sorte que son sceptre fust conservé et ses subjects soulagés et les malcontents contentés s'il estoit possible»[233].
Le nouveau chancelier, Michel de l'Hôpital, ancien conseiller au Parlement de Paris et ancien Président de la Chambre des comptes, était une créature des Guise, mais «sitost qu'il eust été estably en sa charge», il se proposa «de cheminer droict en homme politique et de ne favoriser ny aux uns ny aux autres, ains de servir au Roy et à sa patrie»[234].
[Note 233: ][(retour) ] Pierre de La Place, Commentaires de l'estat de la religion et république sous les roys Henri et François seconds et Charles neuviesme, éd. Buchon, p. 53-54.
[Note 234: ][(retour) ] Regnier de La Planche, p. 305.
Mais il cheminait prudemment. C'était l'homme qu'il fallait à Catherine. Il prit la parole après elle pour développer sa pensée. Il compara le royaume où «tous estats» étaient «troublés» et corrompus «avec un très grand mécontentement d'un chascun» à un malade et il invita l'assemblée à rechercher la cause du mal. Si on pouvait la «découvrir, le remède seroit aisé.... Hoc opus, hic labor est.» Le duc de Guise et le cardinal de Lorraine rendirent ensuite compte du fait de leurs charges: gendarmerie et finances.