[Note 251: ][(retour) ] Comte J. Delaborde, Éléonore de Roye, p. 68; De Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. II, 1882, p. 370.
[Note 252: ][(retour) ] Lettres, I, p. 150 (17 octobre 1560).
Catherine avait aidé à la capture des Bourbons pour enlever à la révolte ses chefs naturels. Mais les Guise estimaient que ce n'était pas assez et qu'il fallait faire un exemple. Ils en voulaient surtout au prince de Condé dont ils avaient senti la main dans tous les remuements.
La santé de François II, qui n'avait jamais été bonne, était à ce moment encore plus mauvaise; de là leurs inquiétudes et leur passion contre le plus redoutable des ennemis du lendemain. Ils n'osèrent le traduire devant le Parlement garni de pairs, le seul tribunal légitime, de peur d'un acquittement, et ils lui donnèrent pour juges, par autorité absolue, des commissaires: magistrats, conseillers d'État, chevaliers de l'Ordre[253]. Catherine répugnait aux cruautés superflues. D'ailleurs elle réfléchissait que les Guise, débarrassés de l'esprit agissant de l'opposition, n'auraient plus les mêmes raisons de la contenter et la relégueraient au second plan. Sans tarder, elle se tourna vers le connétable de Montmorency, qui, sous prétexte de maladie, s'était excusé de venir à Orléans. Le jour même où commença l'instruction contre Condé (13 novembre), elle lui écrivait: «Je voldrès que vostre santé peut (pût) permettre que feusiés avecques nous, car je cré fermement que l'on seroyt plus sage et, ne l'étant, vous ayderié à sortir le roy aur (hors) de page, car vous aves tousjour voleu que vos mestres feusset aubéi partout»[254]. Elle ne nommait personne, mais il est clair que les gens qui n'étaient pas suffisamment sages et qui tenaient le Roi en tutelle, ce ne peut être que les ministres dirigeants. Pour s'opposer à leurs violences, elle appelait à l'aide son vieil ennemi.
[Note 253: ][(retour) ] Le procès de Condé dans le Comte Delaborde, Éléonore de Roye, p. 81-92.
[Note 254: ][(retour) ] Lettres de Catherine, t. I, p. 153.
Elle se ménageait même un recours du côté du roi de Navarre. Un jour qu'Antoine de Bourbon, ému du danger de son frère, rappelait dans une séance du Conseil privé les services rendus par les princes de sa maison et s'écriait que si le Roi avait tant soif du sang des Bourbons...., elle l'avait interrompu, promettant que la justice seule triompherait des hésitations de son fils[255]. Plusieurs fois elle l'aurait fait prévenir de desseins tramés contre lui: coup maladroit dans une partie de chasse, assassinat dans la chambre royale et de la main même du Roi[256]. Mais est-il sûr que les Guise aient voulu supprimer ce pauvre rival? On peut croire avec plus de vraisemblance que la Reine-mère a discrètement enrayé la poursuite contre son frère. Après la condamnation pour crime de lèse-majesté (26 novembre), deux des commissaires, le chancelier de L'Hôpital et le conseiller d'État Du Mortier, «reculoyent tousjours» de signer la sentence, «en donnant toutefois bonne espérance»[257]. Or, c'étaient deux hommes à Catherine; ils réussirent à gagner du temps. Le jeune Roi, cet adolescent débile que son mariage précoce avec Marie Stuart avait achevé d'affaiblir, eut le 9 novembre et le 16 des syncopes alarmantes. Son état s'aggrava subitement et fut bientôt désespéré. Dans l'appréhension de cette fin, les Guise proposèrent, dit-on, à Catherine de hâter l'exécution du prince[258]. C'était, s'ils le firent, avoir une très médiocre idée et très fausse de son intelligence. Alors que l'avènement de son fils Charles, un enfant de dix ans, lui offrait l'occasion inespérée de se saisir du pouvoir, pouvaient-ils croire qu'elle se mettrait à leur merci et s'aliénerait à jamais les huguenots, en sacrifiant Condé? Mais elle était fermement résolue à priver Antoine de Bourbon de la régence. Il n'y avait pas de loi expresse qui réglât la transmission du pouvoir en cas de minorité. Le précédent de Blanche de Castille était favorable aux reines-mères, mais la loi salique, en excluant les femmes du trône, semblait par analogie les exclure du gouvernement et y appeler les princes du sang. Demander aux États généraux ou au Parlement de trancher ce grand débat, c'était provoquer une décision qui pourrait être contraire à ses droits, et qui, si elle ne l'était pas, risquait d'être contestée par son concurrent, les armes à la main. Le mieux était de s'assurer la direction paisible de l'État par un accord à l'amiable avec le premier prince du sang. Mais il fallait l'y amener.
[Note 255: ][(retour) ] De Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. II, 1882, p. 417-418.
[Note 256: ][(retour) ] Ibid., p. 419.
[Note 257: ][(retour) ] Regnier de La Planche, p. 401.