[Note 332: ][(retour) ] Lettres, t. I, p. 245-246, et la lettre de l'évêque de Limoges, ibid., p. 250.
En même temps les nouvelles des Pays-Bas, d'Allemagne, de Rome, annonçaient une guerre prochaine entre la France et l'Espagne. Catherine était affolée[333]. Serait-il possible que son gendre eût pareil dessein, demandait-elle à son ambassadeur à Madrid? «Toutefois, je ne veulx riens croire, tant je l'estime prince de vérité, de vertu et de parolle, ne pouvant me persuader qu'il soit pour entreprendre une guerre sans juste occasion»[334]. Avec sa fatuité de femme, Catherine, convaincue que, si elle le voyait, elle le gagnerait à sa politique, remettait en avant le projet d'entrevue. Mais le roi d'Espagne, qui ne l'avait d'abord accusée que d'imprudence, commençait à douter de sa bonne foi.
[Note 333: ][(retour) ] A l'évêque de Limoges, Lettres, t. I, p. 253 et surtout p. 267 (4 janvier 1562).
[Note 334: ][(retour) ] Lettres, t. I, p. 252, novembre 1561.
Elle se montrait toujours plus indocile aux conseils, ou, si elle en demandait, c'était en faisant ses conditions. «Cella s'entend autre advis que la force, écrit-elle à son ambassadeur à Madrid, car je ne veulx pas empirer le marché, ne moings avoir affaire des estrangiers, mais eschapper le temps, s'il est possible, sans laisser rien gaster irremediablement attendant l'aage (la majorité) de mon fils». Et elle ajoute de sa main: «... Je ne veos (veux) ni ne suys conselleyé de venir aus arme» [contre les réformés][335]. Elle inclinait plus que jamais du côté des chefs protestants: Coligny, d'Andelot, Condé, la reine de Navarre; elle permettait que les édits fussent violés sous ses yeux. Bèze annonçait à Calvin, le 25 novembre, de Saint-Germain où était la Cour, qu'ils avaient commencé à y établir une église et que le dimanche suivant, Dieu aidant, ils célébreraient la Cène. Il lui parlait avec enthousiasme des trois fils de la Reine. Sache qu'ils sont «d'un naturel admirable et tel qu'on peut le souhaiter vu leur âge, sans en excepter même le puîné (Henri) à qui la tentative [de rapt] a admirablement profité»[336]. La proposition du duc de Nemours avait eu en effet le résultat inattendu de dégoûter ce petit prince de dix ans du catholicisme. Il «criait» «sans cesse» à sa jeune sœur Marguerite, qui le raconte dans ses Mémoires, de changer de religion: il lui prenait ses Heures pour les jeter au feu, et lui donnait des psaumes et prières huguenotes. La fillette allait avec sa gouvernante trouver le cardinal de Tournon, qui remplaçait les Heures et y ajoutait des chapelets. Alors, dit-elle, «mon frère et ces autres particulières ames, qui avoient entrepris de perdre la mienne, me les retrouvant, animez de courroux m'injurioient, disants que c'estoit enfance et sottise qui me le faisoit faire.. Et mon frère y adjoustant les menaces disoit que la Royne ma mère me feroit fouetter; ce qu'il disoit de luy-mesme, car la Royne ma mère ne sçavoit point l'erreur où il estoit tombé»[337]. Il est peu croyable que Catherine fût si mal instruite des actions de son fils le plus cher; elle a probablement fermé les yeux sur cet accès de «huguenoterie», qui était une sauvegarde de plus contre une nouvelle velléité d'enlèvement. Ce prosélytisme d'enfants donne l'idée d'une «Cour infectée d'hérésie». Le nonce Prosper de Sainte-Croix rapportait à la Cour de Rome, le 15 novembre, que dans une mascarade le jeune Roi avait paru déguisé avec une mitre sur la tête pour se moquer de l'ordre du clergé[338].
[Note 335: ][(retour) ] Lettre du 28 novembre 1561, Lettres, I, p. 612.
[Note 336: ][(retour) ] Calvini Opera omnia, XIX, col. 131.
[Note 337: ][(retour) ] Mémoires et lettres de Marguerite de Valois, publiées par Guessard, Paris, 1842, p. 6.
[Note 338: ][(retour) ] Lettre de Prosper de Sainte-Croix, du 15 novembre 1561, dans Aymon, Tous les synodes, I, p. 15.
Un jour, probablement de novembre aussi, Charles IX, causant avec la très huguenote Jeanne d'Albret, s'étonna que le roi de Navarre le suivît à la messe et, sur la réponse que c'était par marque de déférence, il déclara qu'il l'en dispensait volontiers et que, quant à lui, il y allait pour faire plaisir à sa mère[339]. Catherine tenait la main à l'observation des pratiques, mais Bèze devait croire que c'était sans bonne foi. «Je t'assure, écrivait-il à Calvin le 16 décembre, que cette Reine, notre Reine, est mieux disposée pour nous qu'elle ne le fut jamais auparavant». Et il ajoutait: «Plût à Dieu que je pusse sous le sceau du secret t'écrire de ses trois fils nombre de choses que j'entends dire d'eux par des témoins sûrs. Assurément ils sont tels pour leur âge que tu ne pourrais même le souhaiter»[340].