[Note 395: ][(retour) ] Catherine à Bourdillon, gouverneur du Piémont, 17 juillet 1562, Lettres, t. I, p. 359. Le maréchal de Brissac que Bourdillon avait remplacé, avait demandé son rappel pour ne pas être obligé d'exécuter les clauses du traité du Cateau-Cambrésis. Catherine lui fit donner, en compensation, le gouvernement de Picardie.--De Ruble, Le Traité de Cateau-Cambrésis, 1889, p. 55-56, dit à tort que la France céda aussi Pignerol. «Par l'advis de tout le Conseil du Roy monsieur mon fils, écrit Catherine, nous sommes contentez de prandre Pinerol, La Perouse et Savillan, avec les antiens finages et territoires.»

[Note 396: ][(retour) ] Lettre écrite d'Orléans le 8 mars 1563, Duc d'Aumale, Histoire des princes de Condé pendant les xvie et xviie siècles, 1889, t. I app., p. 405.

Catherine n'eut garde de s'interposer tout de suite entre les anciens alliés. Elle laissa partir sans pouvoirs Bricquemault, un brave capitaine huguenot, que Condé et Coligny envoyaient en Angleterre proposer au nom du parti la restitution de Calais, à l'échéance fixée par le traité du Cateau-Cambresis. Il revint sans avoir rien obtenu. Il expliqua naïvement à la Reine-mère que s'il avait été libre d'offrir comme otages son fils, Henri d'Orléans ou le prince de Navarre ou le duc de Guise, il aurait certainement réussi à conclure l'accord. Elle s'amusa de ce diplomate si généreux et lui conseilla d'aller prendre du repos en sa maison. Et cependant, dit-elle, «nous ne perdrons point le temps»[397]. Elle était bien résolue à garder Calais et à reprendre Le Havre. Jusque-là Charles IX s'était borné à écrire à Élisabeth en termes amicaux que la paix étant rétablie entre ses sujets de diverses religions l'occupation du Havre était désormais sans objet (30 avril). Quand les rapports entre les protestants et les Anglais furent suffisamment tendus, il intervint directement. Catherine délégua en Angleterre un tout jeune secrétaire d'État, le sieur d'Alluye, qui parla très haut comme elle l'espérait. Élisabeth, irritée de ses bravades, se serait oubliée jusqu'à écrire en France qu'elle avait pris et gardait Le Havre, «non pour le motif de la religion», «mais bien pour se venger de ce royaume de France et des injures et des torts qu'on lui avait faits... et pour s'indemniser» de Calais, «qui était son droit»[398].

[Note 397: ][(retour) ] Middlemore, agent d'Élisabeth en France, à Cecil, secrétaire d'État de la Reine (17 mai), Duc d'Aumale, Histoire des princes de Condé, t. I. app., p. 497.

[Note 398: ][(retour) ] Middlemore à Cecil du 19 juin 1563, Ibid., I, p. 497.

Cette lettre, authentique ou non, exprimait si bien ses vrais sentiments, qu'elle indisposa beaucoup de huguenots. Condé, avec nombre de gentilshommes de la religion, rejoignit l'armée royale sous les murs du Havre. La tranchée était à peine ouverte que la place capitula (28 juillet 1563). Après le départ de cette garnison étrangère, Catherine fit arrêter (5 août) l'ambassadeur anglais, Throcmorton, qui, pendant la guerre civile, avait passé au parti protestant et qu'Élisabeth chargeait in extremis de négocier la confirmation du traité du Cateau-Cambrésis. Du château de Gaillon où elle s'était installée chez le cardinal de Bourbon pour suivre les opérations du siège, elle mena le Roi en son parlement de Rouen, et dans la séance même où Charles IX se déclara majeur, le Chancelier proclama les Anglais déchus par une agression sans motifs de tous les droits qu'ils pouvaient prétendre sur Calais (17 août). Élisabeth, intimidée par la décision du gouvernement et par l'accord des partis, se réduisit à l'indemnité de 500 000 couronnes, mais sans succès, et, après un long marchandage, elle finit par accepter 120 000 couronnes que Charles IX lui offrait «à titre d'honnesteté et de courtoisie». Calais était définitivement acquis à la France (traité de Troyes, 12 avril 1564).

Catherine se flattait de régler avec le même bonheur les querelles religieuses.

Pour s'assurer le surcroît d'autorité que les hommes du temps attribuaient aux ordres du roi donnés par le roi même, et probablement aussi pour ruiner les prétentions de Condé à la lieutenance-générale, elle émancipa son fils. L'ordonnance de Charles V fixait à quatorze ans la majorité des rois de France, et Charles IX n'en avait que treize; mais le Conseil, sollicitant ce texte dans le sens le plus favorable, arrêta qu'il signifiait l'entrée dans la quatorzième année. Le Chancelier avait fait aussi décider que l'inauguration du pouvoir personnel se ferait non au parlement de Paris, mais à celui de Rouen, sous prétexte que tous les parlements de France étaient des «classes» régionales du Parlement du roi. En fait, il voulait éviter les remontrances de la première Cour du royaume sur la déclaration confirmative de l'Édit d'Amboise, qui devait être jointe à l'acte de majorité.

Charles se rendit processionnellement (17 août) au Parlement, accompagné de la Régente, des princes, du Connétable, des maréchaux de France et de beaucoup de seigneurs et autres conseillers en son Conseil[399]. Il prit place en son siège royal, ayant à sa droite sa mère, son frère Henri et les princes du sang, et à sa gauche les cardinaux de Châtillon et de Guise. Les portes ayant été closes, il dit que Dieu lui ayant fait la grâce de pacifier son royaume et d'en chasser les Anglais, il était venu en cette ville pour faire entendre «qu'ayant atteint l'aage de majorité, comme j'ay à présent, que je ne veux plus endurer que l'on use en mon endroit de la désobeyssence que l'on m'a jusques ici portée depuis que ces troubles sont encommencez». Il ordonnait à ses sujets de garder son Édit de paix, sous peine «d'estre chastiez comme rebelles» et leur interdisait à tous petits ou grands (fussent ses frères) d'avoir sans son congé intelligence au dehors avec les princes amis ou ennemis et de «faire cueillette ny lever argent» en son royaume sans son exprès commandement.

[Note 399: ][(retour) ] Dupuy, Traité de la majorité de nos rois et des régences du royaume, Paris, 1655, p. 356 sqq.