Le Chancelier, après avoir amplifié les défenses royales et annoncé l'incorporation de Calais au domaine, loua la sagesse de Charles V, qui, sans «muer les lois de nature ne faire sage avant le temps celuy qui ne le peut estre», avait voulu, par cette sainte ordonnance, mettre fin aux régences toujours et partout fécondes en troubles et en désastres, comme on le voit dans toutes les histoires». Le Roi était maintenant majeur, mais, ajouta-t-il, je ne craindray point à dire en la présence de Sa Majesté, (car il le nous a ainsy dict) qu'il veut estre réputé majeur en tout et partout, et à l'endroict de tous, fors et excepté vers la Royne sa mère, à laquelle il réservoit la puissance de commander.

L'Hôpital ne laissa pas échapper l'occasion, qu'il eût pu choisir plus opportune, de faire la leçon aux magistrats. Il leur reprocha de se mettre au-dessus des ordonnances, et leur enjoignit d'appliquer les lois «sans affection et passion». Il les reprit rudement de leur partialité, leurs injustices, leur avidité[400].

[Note 400: ][(retour) ] Id., ibid., p. 376.--Dufey, Œuvres complètes de Michel de l'Hospital, chancelier de France, 1824, t. II, p. 67 sqq.

Après la réponse du premier président, la cérémonie de «l'hommage et reconnaissance», «tels que les sujets la doivent à leur roy», commença.

La Reine-mère déclara qu'elle remettait aux mains de Sa Majesté l'administration du royaume. Elle fit quelques pas vers son fils. Charles IX descendit de son trône, le bonnet à la main, «et luy faisant ladite dame, une grande révérence et le baisant, ledit seigneur luy a dit qu'elle gouvernera et commandera autant ou plus que jamais».

Après elle, le duc d'Orléans, le prince de Navarre, Condé et les autres princes du sang, les cardinaux, les grands officiers et les seigneurs présents s'approchèrent du jeune Roi, qui s'était rassis en son siège royal, «et luy ont faict chacun une grande révérence jusque près de terre luy baisant la main».

Les portes furent alors ouvertes, et le Chancelier fit lire une déclaration datée de la veille, qui confirmait l'Édit de pacification et ordonnait à tous les habitants des villes et des campagnes qui avaient des armes en mains de les déposer. Seuls les gentilshommes étaient autorisés à en garder dans leurs maisons, mais il leur était défendu de porter ou faire porter par leurs gens dedans les villes et par les champs «aucune hacquebute (arquebuse), pistole ne pistolet». Il n'y avait d'exception que pour les soldats du roi.

Contrairement à l'habitude du temps, le gouvernement ne licencia pas toutes les troupes levées pendant la guerre; il retint une partie des gens de pied, qu'il distribua en un corps de huit enseignes, les enseignes de la garde du roi, dont Catherine fit mestre de camp Charry, que le brave Monluc lui recommandait pour sa bravoure et sa fidélité. C'est l'origine du régiment des gardes-françaises[401]. Le Roi seul restait en force pour faire la loi aux partis.

Le parlement de Paris, qui se regardait comme «la première de toutes les Cours du royaume, la Cour des pairs et le lit de la justice du roi», fut blessé de l'acte accompli à Rouen. Il refusa d'enregistrer la Déclaration de majorité et remontra qu'en confirmant l'Édit de pacification, elle semblait lui donner le caractère d'une loi perpétuelle, ce qui allait à reconnaître l'existence de deux religions. Il sollicita pour les Parisiens la faveur de porter les armes qu'ils avaient prises «pour la nécessité du temps, pour les affaires du roy et par son commandement»[402].

Charles IX reçut les remontrances «de fort bonne grâce», mais ordonna de passer outre. La Cour multiplia les difficultés et mit entre autres conditions à son obéissance la dispense de désarmer. Le Roi finit par se fâcher. Les députés du Parlement qu'il fit venir à Meulan (24 septembre) ne cachèrent pas à leurs collègues qu'il avait montré quelque «mauvaise estime et malcontement de sadite Cour», mais ce n'était pas assez dire. Comme on le sait par d'autres témoignages, il parla haut et clair. «... A ceste heure que je suis en ma majorité, je ne veux plus que vous vous mesliez que de faire bonne et briève justice à mes subjets. Car les rois mes prédécesseurs ne vous ont admis au lieu où vous estes tous que pour cest effet... et non pour vous faire ny mes tuteurs ny protecteurs du royaume ny conservateurs de ma ville de Paris. Car vous vous estes faict accroire jusques icy qu'estiez tout cela»[403]. Le Parlement céda (28 septembre).