[Note 413: ][(retour) ] Lettres, t. II, p. 128, du 5 au 10 janvier 1564.
La bonne volonté ne suffisait pas. La lutte avait duré un an et laissé après soi des habitudes de désordre, des colères, des rancunes, tout un héritage de haine. Les gens d'épée convertis au protestantisme n'avaient renié que de bouche l'esprit d'orgueil et de violence. Ils n'étaient ni patients, ni résignés, ni moins avides. La guerre leur avait fourni l'occasion de commencer la réforme religieuse à leur manière, qui fut de piller les trésors des églises et de se saisir des biens du clergé. En Poitou et dans d'autres régions où ils étaient nombreux et puissants, ils refusaient de rendre les bénéfices qu'ils avaient sécularisés. Les catholiques de leur côté assaillirent les réformés qui rentraient en leurs logis. Dans certaines provinces, des compagnies de massacreurs s'étaient organisées et, moyennant salaire, elles dépêchaient les gens désignés à leurs coups. Des magistrats étaient sinon les inspirateurs, du moins les témoins complaisants de ces forfaits. La Curée, gentilhomme protestant du Vendômois, qui avait offert ses services au commissaire du roi, Miron, pour arrêter les assassins, fut surpris et tué par eux sur les indications de ce même commissaire.
Le gouvernement s'efforça d'imposer à tous l'observation de l'Édit d'Amboise. Le maréchal de Vieilleville fut envoyé à Lyon, en Dauphiné, Languedoc, et Provence, avec charge de recouvrer les places fortes dont les huguenots s'étaient emparés[414]. Le maréchal de Bourdillon alla mettre les catholiques de Rouen à la raison. Le parlement de Provence, qui se distinguait par son fanatisme, fut suspendu en masse et remplacé par une délégation du parlement de Paris (24 novembre). Le président de cette commission, Bertrand Prévost, sieur de Morsan, procéda si rigoureusement contre les catholiques factieux que 2 000 d'entre eux se réfugièrent dans le Comtat, pour se mettre à l'abri sous la protection du pape. Mais ils furent extradés et jugés[415].
[Note 414: ][(retour) ] Catherine à Soubise, Lettres, t. II, p. 33, 13 mars 1563.--Cf. ibid., 2 juin, p. 50, et la note 2.
[Note 415: ][(retour) ] Arnaud, Histoire des protestants de Provence et du Comtat-Venaissin, t. I, 1884, p. 178, 180. La commission autorisant les conseillers des parlements envoyés en mission est dans Fontanon, t. IV, p. 274-276.
La Reine-mère écrivait aux lieutenants du roi, elle rappelait à Montmorency-Damville, gouverneur du Languedoc et catholique zélé, «de faire inviolablement observer» l'Édit de pacification. C'était, ajoutait Charles IX, «le seul establissement de la tranquillité public et pour ceste cause, il fault que vous qui estes gouverneur et qui sçavez en cela quelle est mon intention, que sans passion ni acception de personne ni de religion vous teniez mains à ce qu'il soit gardé et entretenu et que du premier qui y contreviendra la punition s'en fasse exemplaire»[416]. Catherine déclarait sans détour au nouvel ambassadeur d'Espagne, don Francès de Alava, successeur de Chantonnay, que la nécessité les avait contraints «de faire ung édict pour la conservation du royaume, lequel estoit sy utille que le roy», son fils, «ne se délibéroit pour quelque occasion que ce feust, le rumpre et violer; que partye du royaume avoit esté saulvé et par là il le falloit conserver»[417].
Au XVIe siècle, l'organe essentiel de la volonté royale était le Conseil du roi, où l'on distinguait le Conseil privé, qui dirigeait l'administration, la justice et les finances du royaume, et le Conseil des affaires, une quintessence du premier, auquel étaient réservées les questions les plus importantes du dedans et du dehors[418]. Le Conseil du roi, à la fois conseil de délibération et conseil d'exécution, réunissait les fonctions que se partagent aujourd'hui le Conseil d'État, la Cour de Cassation et le Conseil des ministres. A cette époque les secrétaires d'État, qui furent à partir de Louis XIV les agents suprêmes du pouvoir central, n'étaient considérés encore que comme les expéditeurs des ordres du Conseil, et même quand ils assistaient aux réunions, ils ne délibéraient ni ne votaient. Quand certains d'entre eux y obtenaient séance et voix et se trouvaient ainsi associés aux actes du gouvernement, c'était par désignation particulière et non à titre de secrétaires d'État.
[Note 416: ][(retour) ] Lettres, t. II, p. 129-130, 8 Janvier 1564, et note 2, p. 129.
[Note 417: ][(retour) ] Ibid., p. 150, 26 février 1564.
[Note 418: ][(retour) ] Le règlement du 21 décembre 1560, qui déterminait la part de pouvoir de la Reine-Mère et du roi de Navarre (voir plus haut, p. 91), semble distinguer quatre conseils: Conseil privé, Conseil des affaires du matin, Conseil des parties, Conseil des finances, mais quand on y regarde de près, on voit que le Conseil des parties n'est qu'une «séance» du Conseil privé, et que le Conseil des finances est une Commission préparatoire, une «Direction» des finances, si l'on peut dire, chargée de préparer les décisions financières à soumettre au Conseil privé.