Les privilèges de l'Église gallicane aidaient à couvrir les agissements de la politique modérée. Pie IV ayant cité par devers lui les sept archevêques ou évêques d'Aix, Uzès, Valence, Oloron, Lescar, Chartres et Troyes comme suspects d'hérésie, le Roi repoussa la prétention de la Cour romaine d'évoquer directement la cause sans passer par la juridiction intermédiaire des prélats et métropolitains français[426]. Il protesta avec plus de vigueur encore quand le Pape menaça la reine de Navarre, Jeanne d'Albret, de la déposer et la priver de ses États si elle ne comparaissait pas dans six mois en personne ou par procureur à Rome pour se purger du crime d'hérésie[427]. Catherine chargea le sieur d'Oysel de faire entendre au Pape «qu'il n'a nulle auctorité et juridiction sur ceulx qui portent tiltre de roy ou de royne et que ce n'est pas à luy de donner leurs Estats et royaumes en proye au premier occupant et mesmement (surtout) de ladicte royne de Navarre, qui a la meilleure partie de ses biens en l'obéissance du Roy mon dict sieur et filz»[428]. Pie IV n'osa passer outre. Jeanne d'Albret, dans une lettre à la Reine-mère, confessait «ne jamais pouvoir recognoistre ceste digne faveur dernière et couronnant toutes les autres» et se disait impatiente d'aller la trouver en quelque part qu'elle fût pour lui «baiser les pieds de meilleure affection qu'au pape»[429].

[Note 426: ][(retour) ] Lettres, II p. 119 et la note 1.

[Note 427: ][(retour) ] Bordenave, Histoire de Béarn et Navarre, publiée par Paul Raymond (Soc. Hist. France), 1873, p. 120-122.

[Note 428: ][(retour) ] Lettres, II, p. 119, 13 déc. 1563.

[Note 429: ][(retour) ] Ibid., p. 120, note.

Les puissances catholiques étaient scandalisées de l'attitude du gouvernement français. Les ambassadeurs du Pape, de l'Empereur, du roi d'Espagne et du duc de Savoie arrivèrent ensemble à Fontainebleau où se trouvait la Cour, pour demander au Roi «comme par un commun accord» de faire observer par toute la France les décrets du Concile de Trente, de changer l'Édit de pacification, de punir les fauteurs des derniers troubles et les meurtriers du duc de Guise. Ils l'invitèrent à un congrès de princes et d'ambassadeurs chrétiens, qui se tiendrait à Nancy pour aviser aux moyens d'extirper les hérésies (12 février 1564). Charles IX répondit--on reconnaît le style de sa mère--que son intention était de vivre et de faire vivre son peuple selon l'ancienne et louable coutume tenue et observée en l'Église romaine, mais qu'il avait été forcé de faire la paix «pour déchasser les ennemis du royaume» et qu'il ne pouvait sans «rechute de guerre» rompre son Édit de pacification. Il s'excusait donc d'aller à Nancy (26 février)[430].

Mais justement pour résister à cette pression du dehors, Catherine ne devait pas être suspecte aux catholiques français de complaisance pour les huguenots. Elle avait vu l'attachement des grands corps de l'État et de la masse de la nation à l'Église traditionnelle. C'était une constatation dont un esprit réaliste comme le sien tint désormais un très grand compte. L'Édit contenait un maximum de concessions qu'elle jugeait dangereux de dépasser. Les chefs protestants s'étaient imaginés à tort que, la guerre finie, elle recommencerait à tout tolérer comme à Saint-Germain. Le prince de Condé faisait «tous les jours prescher dedans la mayson du Roi»[431]. La duchesse de Ferrare avait aussi converti son logis à Paris et à Fontainebleau en lieu de culte[432]. C'était, remarque Chantonnay, vouloir que le Roi souffrît en sa Cour ce que les hauts justiciers n'étaient pas autorisés à permettre en leurs maisons. Catherine attendit patiemment que Condé, très occupé d'une de ses filles d'honneur, renonçât de lui-même à dresser autel contre autel dans les résidences royales[433], mais la duchesse de Ferrare, Renée de France, persévérant en son zèle, elle lui fit interdire pendant le séjour du Roi à Fontainebleau de faire prêcher au château et même dans une maison qu'elle avait achetée au village (de Fontainebleau) et qu'elle prêtait et dédiait «pour tel faict», même quand elle n'était pas à la Cour[434].

[Note 430: ][(retour) ] Mémoires du prince de Condé, 1743. t. V, p. 45.--Les Mémoires de Messire Michel de Castelnau, seigneur de Mauvissière..., par J. Le Laboureur, conseiller et aumônier du Roy, t. I, p. 167 (liv. V, ch. v).

[Note 431: ][(retour) ] Lettre de Mme de Roye à Bèze (7 mai 1563), Calvini Opera omnia, t. XX, col. 6.--Lettre de Chantonnay, ambassadeur d'Espagne, dans Mémoires de Condé, II, p. 160.

[Note 432: ][(retour) ] Chantonnay 22 décembre 1563, 12 janvier 1564, Mémoires de Condé, II, p. 183 et 187.