[Note 441: ][(retour) ] Fontanon, t. IV, p. 276-278.
La neutralité de la Reine-mère entre Coligny et les Guise, ses efforts pour réconcilier Condé avec les Lorrains, paraissaient aux protestants une trahison. Ils interprétèrent comme une menace le privilège octroyé par le Roi le 13 janvier 1564 «aux principaux chefs de maisons» de Paris, d'avoir des armes, contrairement à la Déclaration jointe à l'acte de majorité (août 1563). Inquiets et soupçonneux, ils se munissaient de toutes «choses nécessaires pour la guerre» et parlaient «licentieusement». Catherine s'en plaignait doucement dans une lettre à Coligny (17 avril 1564), où elle lui rappelait la bonne volonté du gouvernement à punir les violences des catholiques et les ordres qu'elle et son fils donnaient journellement aux gens de justice, «lesquelz à en dire la vérité n'y ont pas faict en la plus part des lieux grand devoir jusques à présent. Mais là-dessus, ajoutait-elle, il fault que je vous dye qu'il me desplait bien fort de la deffiance en laquelle vous me mandez que sont entrez ceux de la relligion pour ung faulx bruit que l'on a faict courir que l'on se délibère avoir bientost la raison d'eux»... «J'ay si cher le repoz de cet Estat et désire tant la conservation de tous es subjects du roy mon dict sieur et filz, que pour riens au monde je ne vouldrois y avoir consenti et aussy peu permettray-je et endureray-je de mon vivant de qui que ce soyt que telle chose se feist». Elle priait l'Amiral d'affirmer à ceux de ses coreligionnaires qui lui en parleraient que l'Édit «leur sera observé inviolablement», menaçant si elle voyait quelque apparence de trouble en quelque côté que ce fût d'employer «le vert et le secq (sec) sans respect de religion, personnes ny autre considération que celle qui appartient à la conservation du repoz de cest Estat»[442].
[Note 442: ][(retour) ] Lettres, II, p. 177.
Il est d'usage de lui dénier le mérite de ses bonnes intentions pour l'attribuer tout entier au plus vertueux et au plus humain de ses conseillers, le chancelier de L'Hôpital[443]. Il y a une histoire et il y a une légende de L'Hôpital. L'histoire le glorifie avec raison comme partisan de la liberté de conscience et, sous certaines réserves, de la liberté de culte. La légende voudrait qu'il eût inspiré à Catherine de Médicis, presque malgré elle, une politique sage et modérée. A lui l'honneur des lois et des actes de tolérance, à elle la responsabilité des compromissions, des reculs et des faiblesses. Mais ce partage inégal s'accorde mal avec les faits. Catherine aimait le pouvoir et s'en montrait d'autant plus jalouse qu'elle l'avait plus longtemps attendu. Elle était très active. Les dix volumes in-folio de sa correspondance qui ont été publiés et que la partie égarée ou détruite augmenterait encore de quelques autres prouvent que cette épistolière infatigable s'intéressait aux détails d'administration comme aux plus grandes affaires. Ses lettres, quand elles sont rédigées par les secrétaires d'État, portent souvent des apostilles de sa main, et il y en a beaucoup qui sont tout entières autographes. Il reste de L'Hôpital des harangues aux Parlements, aux États généraux, aux assemblées du clergé, où au nom du Roi et de la Reine-mère il fait appel en termes éloquents et même émouvants à la concorde, à la douceur, à l'esprit de charité; mais on ne trouve pas dans ses œuvres, et pour cause, d'ordres aux grands officiers de la Couronne, aux gouverneurs de province, aux Cours de parlements, aux baillis et sénéchaux, aux trésoriers de France, comme il s'en trouverait nécessairement s'il avait été une sorte de «principal ministre». Alors il faudrait supposer que Catherine de Médicis s'est résignée de 1560 à 1568 à être le secrétaire du Chancelier. Ce n'est pas la figure qu'elle fait aux ambassadeurs et aux hommes d'État de l'époque.
[Note 443: ][(retour) ] Il y a sur Michel de l'Hôpital, «ce héros de la tolérance», un nombre prodigieux d'éloges, dont le plus éloquent est celui de Villemain, et aussi quelques bons travaux, mais il reste à écrire une histoire vraiment critique de sa vie et de son rôle politique.
É. Dupré-Lasale, dont l'ouvrage est certainement le plus étudié, s'arrête en 1560: Michel de l'Hospital avant son élévation au poste de chancelier de France (1505-1558), Paris, 1875, et 2e partie (1555-1560), Paris, 1899. On peut le compléter par A. E. Shaw, Michel de l'Hospital and his Policy, Londres, 1905.--Taillandier, Nouvelles recherches historiques sur la vie et les ouvrages du chancelier de l'Hôpital, Paris, 1861, est un résumé rapide, comme aussi l'ouvrage d'Atkinson (C. T.), Michel de l'Hospital, Londres, 1900.--Amphoux, Michel de l'Hôpital et la liberté de conscience au XVIe siècle, Paris, 1900, écrit, comme son titre l'indique, moins une biographie objective que le récit, tout à la louange du Chancelier, de ce premier essai de tolérance.--Il faudrait commencer par une bonne édition des Œuvres complètes de L'Hôpital, celle de Duféy étant, à tous égards, insuffisante.
A dire vrai, le jeu de bascule qu'imposait le conflit des passions religieuses suppose une main plus légère que celle de L'Hôpital. Assurément cet honnête homme était un habile homme; le succès de sa carrière en est la preuve.
Fils d'un médecin du connétable de Bourbon, ayant suivi à l'étranger son père fugitif, il était parvenu à faire oublier cette tache originelle. Ses poésies latines, d'une facture si solide, l'avaient mis en telle estime parmi les lettrés que les écoles de Ronsard et de Marot le prirent pour arbitre de leurs querelles littéraires[444]. Il avait épousé en 1537 la fille du lieutenant criminel, Jean Morin, qui lui apporta en dot une charge de conseiller au parlement de Paris[445]. De cette Cour dont le pédantisme, l'humeur procédurière et l'âpreté au gain le dégoûtèrent, il passa quelques années après à la co-présidence de la Cour des comptes. Enfin, par la protection du duc de Guise et du cardinal de Lorraine, dont il célébrait en vers latins la gloire militaire et l'éloquence, il fut promu à la chancellerie de France, un des grands offices de la Couronne et le seul qui fût accessible aux gens de robe. Mais sa vertu, qui dans cette ascension au pouvoir s'était pliée aux exigences de l'ambition jusqu'à le faire accuser par Bèze d'«habileté courtisane», se retrouva tout entière en cette charge prééminente, et même elle parut aux magistrats qui en ressentirent les effets par trop rude, fâcheuse, indiscrète, appelant «chat un chat». Peut-être n'était-ce pas ce «vrai Caton» qu'il eût fallu pour gagner aux idées de tolérance les officiers de judicature, grands et petits, qu'il accusait trop cruellement de vendre la justice. Il humilia le parlement de Paris en faisant enregistrer dans une Cour provinciale la Déclaration de majorité. On a l'impression--mais combien il répugne de toucher à cette grande mémoire--que le Chancelier n'eut pas toujours la souplesse et les ménagements nécessaires en ces temps malheureux[446].
[Note 444: ][(retour) ] Dupré-Lasale, Michel de l'Hospital avant son élévation au poste de chancelier (1505-1558), Paris, 1875, p. 163-171.
[Note 445: ][(retour) ] Ce lieutenant criminel, qui fut plus tard un ardent persécuteur des réformés, avait reçu du roi, pour prix de l'on ne sait quels services, le droit de disposer d'une charge de conseiller au Parlement en faveur de son futur gendre. Le Parlement fit difficulté d'admettre Michel de L'Hôpital, mais il céda. Sur cette nomination liée à celle de Lazare de Baïf comme maître des requêtes, voir Dupré-Lasale, ibid., p. 75-76.
[Note 446: ][(retour) ]: M. Maugis, qui a si consciencieusement et si méritoirement dépouillé les registres du Parlement (Histoire du Parlement de Paris de l'avènement des rois Valois à la mort d'Henri IV, 3 vol., Paris, 1913-1916), se fait de L'Hôpital une idée assez fausse. C'est «l'homme des tempéraments et de la conciliation», il «reconnaît la nécessité de concilier les pouvoirs (le Parlement et la royauté) au lieu de les opposer, disons mieux: de les unir pour les opposer au danger commun», t. II, p. 28. Quel danger? l'intransigeance catholique ou la poussée protestante? Il y a aussi dans les deux derniers volumes, les seuls qui me concernent, un certain parti pris d'ignorer ou de mépriser les documents imprimés. C'est la nouvelle école. Il n'y a rien de vrai et il n'y a d'intéressant que ce qui est resté inédit.