[Note 498: ][(retour) ] 31 janvier 1567, Lettres, III, p. 7 et 8.
[Note 499: ][(retour) ] 30 mars 1567, Lettres, III, p. 24.
Cependant le duc d'Albe marchait de Milan à Bruxelles par la Savoie, la Franche-Comté, la Lorraine avec dix mille hommes de vieilles troupes, si braves et si renommées qu'à leur approche les États catholiques mêmes prenaient peur. En France, Coligny, d'Andelot furent les plus ardents à demander une levée de six mille Suisses et de dix mille hommes de pied français pour couvrir la frontière. La Reine-mère, toujours prudente, informa officiellement le Roi d'Espagne de l'arrivée de ces renforts[500]. Philippe II s'étonna de cet armement qu'il prit pour une menace. Catherine faisait son ambassadeur à Madrid juge «s'il estoit raisonnable parmi ceste turbulence d'armes, qui est partout, que nous fussions à la mercy de celluy qui nous voudrait commander quelque chose», les rois de France étant «en possession de bailler la loy aux autres».[501] Elle eut une explication très vive (3 juillet 1567) avec l'ambassadeur d'Espagne, D. Francès de Alava, qui depuis six mois boudait et ne paraissait plus à la Cour. Il s'ébahit, raconte-t-elle à Fourquevaulx, «que nous soyons en soubson des forces qu'il (Philippe II) faict passer» pour remettre ses sujets en son obéissance, et il conclut que Charles IX n'avait pas «grand besoing» de faire cette levée de Suisses. Il s'était plaint aussi que le résident de France dans les Cantons, pour empêcher les agents espagnols d'en tirer quelques soldats, eût dit en «pleine diette que ce seroit mettre Suysse contre Suysse», comme s'il prévoyait une guerre entre la France et l'Espagne[502]. Quand le duc d'Albe fut arrivé à Luxembourg, les appréhensions cessèrent. Cependant le Roi et Catherine visitaient les places de Picardie, et en faisaient réparer les fortifications[503]. Mais à quoi employer ces Suisses nouvellement levés et bien payés? Catherine écrivit de Péronne au Connétable de faire avancer ces belles bandes afin que le Roi pût les voir «et que pour le moings il ayt ce passe temps là pour son argent»[504].
[Note 500: ][(retour) ] 27 mai 1567, Lettres, III, p. 37.
[Note 501: ][(retour) ] Lettre des 2 et 3 juillet, Lettres, III, p. 42.
[Note 502: ][(retour) ] Lettres, III, p. 43.
[Note 503: ][(retour) ] Ibid., III, p. 51 et 57.
[Note 504: ][(retour) ] Péronne 21 août, Lettres, III, p. 51.
Les chefs protestants avaient pressé Catherine d'armer, dans l'espoir de l'entraîner à secourir leurs coreligionnaires étrangers. Mais elle gardait la neutralité, et même elle avait aidé à ravitailler l'armée catholique en sa marche, faisant passer en Savoie, Bresse et Franche-Comté six mille charges de blé[505]. Elle estimait que, dans l'état de division du royaume, ce serait folie d'affronter la monarchie espagnole, dont Henri II avec toutes ses forces unies n'avait pu triompher. Les huguenots voulaient la guerre contre Philippe II pour sauver les Églises voisines de même foi et fortifier d'autant la cause commune. Elle était pacifique par raison; ils étaient belliqueux par prosélytisme. Mais ces gens soupçonneux, la voyant prompte à réunir des troupes et paresseuse à les employer, se persuadèrent que si elle n'attaquait pas les Espagnols, c'est qu'elle était d'accord avec eux pour exterminer les protestants de France et des Pays-Bas. Coligny et Condé réclamèrent le renvoi des Suisses.
[Note 505: ][(retour) ] 30 mars 1567, Lettres, III, p. 27.