3) Bembex tarsata Lat. — Celui-ci dépose également son oeuf sur le Sphoerophoria tarsata. Il chasse ensuite: Anthrax flava, Bombylius nitidulus, Eristalis oeneus, Eristalis sepulchralis, Merodon spinipes, Syrphus corollae, Helophilus trivittatus, Zodion notatum. Son gibier de prédilection consiste en Bombyles et en Anthrax.

4) Bembex Julii (sp. nov.). — L'oeuf est déposé soit sur un Sphaerophoria, soit sur un Pollenia floralis. Les vivres sont un mélange de Syrphus corollae, Echinomyia rubescens, Echinomyia intermedia, Gonia atra, Pollenia floralis, Pollenia ruficollis, Clytia pellucens, Lucilia Caesar, Dexia rustica, Bombylius.

5) Bembex rostrata Fab. — Celui-ci est par excellence un consommateur de Taons. Il pond son oeuf sur un Syrphus corollae, sur un Lucilia Caesar; puis il sert à sa larve exclusivement du gros gibier appartenant aux diverses espèces du genre Tabanus.

6) _Bembex bidentata _V. L. — Encore un passionné chasseur de Taons. Je ne lui ai pas reconnu d'autre gibier, et j'ignore sur quel autre Diptère il pond son oeuf.

Cette variété de provisions démontre que les Bembex n'ont pas de goûts exclusifs et s'attaquent indifféremment à toutes les espèces de Diptères que leur offrent les hasards de la chasse. Il paraît y avoir néanmoins quelques prédilections. Ainsi une espèce consomme surtout des Bombyles, une seconde des Stomoxys, une troisième et une quatrième des Taons.

CHAPITRE XVII LA CHASSE AUX DIPTÈRES

Après ce relevé des vivres des Bembex sous forme de larve, il convient de rechercher le motif qui peut faire adopter par ces Hyménoptères un mode d'approvisionnement si exceptionnel parmi les fouisseurs. Pourquoi, au lieu d'emmagasiner au préalable une quantité suffisante de vivres sur lesquels l'oeuf serait pondu, ce qui permettrait de clore, immédiatement après, la cellule et de n'y plus revenir; pourquoi, dis-je, l'Hyménoptère s'astreint-il à ce labeur d'aller et revenir sans cesse, pendant une quinzaine de jours, du terrier aux champs et des champs au terrier, s'ouvrant chaque fois avec effort un chemin dans le sable éboulé, soit pour chasser aux environs, soit pour apporter à la larve la capture du moment? C'est ici, avant tout, une question de fraîcheur de vivres, question capitale, car le ver refuse absolument tout gibier faisandé, envahi par la pourriture: comme aux vers des autres fouisseurs, il lui faut de la chair fraîche, et toujours de la chair fraîche.

Nous venons de voir, au sujet des Cerceris, des Sphex et des Ammophiles, comment la mère résout le problème des conserves alimentaires, le problème qui consiste à déposer par avance dans la cellule la quantité nécessaire de gibier et à le maintenir des semaines entières dans un parfait état de fraîcheur, que dis-je, presque à l'état de vie, bien que les victimes soient immobiles ainsi que l'exige la sécurité du vermisseau qui en fait pâture. Les ressources les plus savantes de la physiologie accomplissent cette merveille. Le stylet à venin est dardé dans les centres nerveux une seule fois, ou bien à diverses reprises, suivant la structure de l'appareil d'innervation. Ainsi opérée, la victime conserve les attributs de la vie, moins l'aptitude de se mouvoir.

Examinons si les Bembex font usage de cette profonde science du meurtre. Les Diptères retirés d'entre les pattes du ravisseur entrant dans son terrier ont, pour la plupart, toutes les apparences de la mort. Ils sont immobiles; rarement, sur quelques- uns, peut-on constater de légères convulsions des tarses, derniers vestiges d'une vie qui s'éteint. Les mêmes apparences de mort complète se retrouvent habituellement chez les insectes non tués en réalité, mais paralysés par l'habile coup de dard des Cerceris et des Sphégiens. La question de vie ou de mort ne peut alors se décider que d'après la manière dont se conservent les victimes.

Mis dans de petits cornets de papier ou dans des tubes de verre, les Orthoptères des Sphex, les Chenilles des Ammophiles, les Coléoptères des Cerceris gardent la flexibilité de leurs membres, la fraîcheur de leur coloration et l'état normal de leurs viscères pendant des semaines et des mois entiers. Ce ne sont pas des cadavres, mais des corps plongés dans une torpeur qui n'aura pas de réveil. Les Diptères des Bembex se comportent tout autrement. Les Éristales, les Syrphes, tous ceux enfin dont la livrée présente quelque vive coloration, perdent en peu de temps l'éclat de leur parure. Les yeux de certains Taons, magnifiquement dorés avec trois bandes pourpres, pâlissent vite et se ternissent comme le fait le regard d'un mourant. Tous ces Diptères, grands et petits, enfouis dans des cornets où l'air circule, se dessèchent en deux ou trois jours et deviennent cassants; tous, préservés de l'évaporation dans des tubes de verre où l'air est stagnant, se moisissent et se corrompent. Ils sont donc morts, bien réellement morts lorsque l'Hyménoptère les apporte à la larve. Si quelques- uns conservent encore un reste de vie, peu de jours, peu d'heures terminent leur agonie. Ainsi, par défaut de talent dans l'emploi de son stylet ou pour tout autre motif, l'assassin tue à fond ses victimes.