Sept
1606

Le 10, dimanche, voyage.—A midi parti de Meudon en carrosse, ne voulant aller en litière; il arrive à trois heures à Chailly[320], près de Longjumeau.

Le 11, lundi, voyage.—On lui apporte un placet de la part d'un prisonnier qui étoit en la tour de Chailly; il en est si aise qu'il ne sait en quelle place mettre ce placet, délivre ce prisonnier qui s'étoit battu avec le curé. Mené à l'église, ramené en sa chambre, M. de la Court, exempt aux gardes, hausse la tapisserie pour lui faire voir le portrait de M. de Beaulieu-Ruzé, secrétaire d'État et seigneur de Chailly, étant armé à cheval comme il étoit à la bataille d'Ivry; peu après entrant en la salle, il en voit un autre tableau de son long, demande: Qui est cettui là? M. d'Angès répondit: «Monsieur, c'est M. de Beaulieu que vous avez vu là dedans à cheval.»—Il a donc mis pied à terre[321]? A midi parti en carrosse pour aller coucher à Villeroy, il arrive à trois heures et un quart, va aux jardins, aux fontaines, partout.

Le 12, mardi, voyage.—A douze heures et un quart, il part de Villeroy en carrosse, arrive à Fleury à quatre heures.

Le 13, mercredi, voyage.—Mené à la messe au prieuré, il va aux jardins, fait pêcher au canal[322] qui est au-dessous du parterre. A dîner Mlle d'Antragues se présente pour lui baiser la main; il fait le honteux, rougit, se sourit et lui Sept
1606 tourne le dos. Parti en carrosse à une heure pour aller à Fontainebleau; à une lieue de Fontainebleau arrive au devant de lui grande quantité de noblesse. Il arrive à trois heures et demie à Fontainebleau, baise et embrasse le Roi, la Reine, Mme la duchesse de Mantoue, va au jardin de la Reine, joue à la paume sous la galerie. Soupé avec le Roi. Mis au lit, il s'amuse à deviser avec MM. d'Épernon, leur parle du canal que le Roi fait faire, qui va jusques à la rivière.

Le 14, jeudi, à Fontainebleau.—A huit heures levé, vêtu de son habit de satin blanc pour le baptême; à neuf heures trois quarts déjeûné, mené chez le Roi et la Reine, puis à la chapelle du Braquemard[323]; ramené à onze heures trois quarts; dîné. Il veut voir sa chambre de parade, y va, se y ennuie incontinent, craint de partir pour le baptême craignant qu'on lui jetât de l'eau; le Roi lui en avoit donné l'appréhension, on l'assure[324]. A quatre heures parti de sa chambre avec les cérémonies et ordre ici inséré[325], donné par M. de Rhodes, grand maître des cérémonies. Il arrive sous le poële, où étoient les fonts; à cinq heures et demie il est baptisé, nommé Louis; M. le cardinal de Joyeuse parrain, Mme la duchesse de Mantoue marraine. M. le cardinal de Gondi baptisa, c'est-à-dire fit les restes des cérémonies. Il l'interrogea et répondit à propos, ouvre sa poitrine pour y recevoir l'huile; M. de Montpensier lui baissa le collet pour y recevoir le chrême sur les épaules; il se prend à sourire, disant: Velà qu'est fraid. Au sel il dit: Il est avalé, je le treuve bon. Cette cérémonie dura près d'une heure[326], puis on le retire par la chambre Sept
1606 de la Reine et celle du Roi en la sienne. Passant sur la terrasse, il aperçoit dans la cour Descluseaux qui étoit en la compagnie, et tout le régiment en la cour; il l'appelle: Hé! mon mignon! Venez mon mignon! Il va en sa chambre; il lui prend une humeur de vouloir entrer en garde, se fait bailler sa pique, se fait mettre son hausse-col. A sept heures et un quart soupé, à neuf heures trois quarts dévêtu, mis au lit.

Le 15, vendredi, à Fontainebleau.—Mené au jardin des canaux, puis en carrosse à la maison des artifices à feu, il va chez le Roi et la Reine, est mené en la galerie du Roi d'où il regarde courir la bague en la basse-cour[327]. M. de Lorraine le vient voir à son souper; il se fait mettre à bas pour le saluer, le va embrasser; M. de Lorraine lui donne un fort beau canon. A huit heures et trois quarts le Roi envoya commander qu'on le menât au pavillon qui est au bout de la grande salle pour voir les artifices à feu, faits en forme de fort carré, défendu par des hommes et assailli par des diables. Il y est mené mais ne y pouvoit durer, s'en vouloit aller; on l'en divertit jusques à ce que le feu fût donné aux artifices; voyant les diables qui couroient autour du fort: Hé! mon Dieu, qu'il est joli! dit-il, cela dura longtemps. Ramené à dix heures en sa chambre.

Le 16, samedi.—Il va à la chapelle au bout de la salle du bal, puis chez le Roi et la Reine, prend congé de Mme la duchesse de Mantoue, puis s'en va au grand jardin, où il voit faire des verres au fourneau fait sous une des arcades de la terrasse[328]. Après dîner il Sept
1606 va chez le Roi et la Reine leur dire adieu et, à deux heures, il est parti de Fontainebleau en carrosse pour aller coucher à Cély, maison appartenant à M. de Bonneuil de Thou[329]. Il arrive à cinq heures, se joue au jardin, va voir pêcher au canal. A six heures et demie soupé en se jouant d'une sarbacane de verre qu'il avoit fait faire à la verrerie.

Le 17, dimanche, à Cély.—Il va au jardin, où il se joue diversement, et à trois heures y fait porter sa collation et fait mettre sa serviette sur une bordure de buis qui étoit grande et épaisse.

Le 19, mercredi, à Cély.—Il est mené à Courance[330] dans mon carrosse, n'ayant point voulu entrer dans celui de M. de Fleury, le trouvant trop obscur. Il s'amuse à ramasser des cailloux au-dessous de la source du bois, monte à la grande source, goûte dans la salle des palissades, sur la table ronde d'ardoise, puis va voir conduire la nacelle sur le grand réservoir. Il est ramené et arrive à six heures à Cély.