Un autre présent fait à la sœur aînée du Dauphin, Mme Élisabeth, par sa marraine l'infante Isabelle, gouvernante des Pays-Bas, est «une chaîne de diamants, où tenoit au bout une enseigne de diamants, en laquelle étoit une relique des os de sainte Élisabeth».
Lorsque César de Vendôme épouse Mlle de Mercœur, le Dauphin reçoit de Mme de Mercœur «une petite chaîne de chiffres d'or, où pendoit un Hercule enrichi de petits diamants, et à la base au-dessous étoient écrits ces mots: La grandeur de ton père et ta vertu te font plus grand qu'Hercule». Enfin le Dauphin reçoit encore de l'électeur de Brandebourg «un échiquier où les carrés étoient d'ambre jaune, et au-dessus les rois de France en ivoire».
On peut aussi, avec Héroard, reconstituer en partie le riche cabinet d'armes de Louis XIII. Sa première épée lui est donnée à l'âge de un an par la belle Corisande, ancienne maîtresse de Henri IV, qui lui envoie aussi sa première arbalète. La duchesse de Bar, tante du Dauphin, lui envoie, le [26 janvier 1603], un charmant joujou, «des armes complètes de la hauteur d'un demi-pied,» et à la fin de la même année les députés de Moulins lui offrent, au nom de la ville, sa première armure: «une épée, une lance et une paire d'armes complètes» qu'il revêt le [14 juillet 1604], et dont il se joue encore deux ans après: le [5 juillet 1606], «il monte tout en haut de sa garde-robe, où il fait prendre ses armes toutes complètes, faites à Moulins, les fait porter en sa chambre avec la croix (pour les suspendre), les fait accommoder dessus, y travaille lui-même, va quérir en son armoire son épée rouge et la y fait ceindre, puis fait apporter sa pique, la met lui-même sous le brassal, toute droite comme s'il eût été en sentinelle.»
Le 31 octobre 1604, «M. de Blainville, maréchal des logis de sa compagnie de gendarmes, lui fait présent d'une belle et petite arquebuse d'un pied et demi de long», et c'est avec cette arquebuse, «faite à Rouen par Timothée», et qu'il appelait la Blainville, que, le 21 octobre 1611, le jeune Roi tirera pour la première fois à balle.
Le [18 septembre 1605], le duc de Lorraine envoie au Dauphin «un mousquet dans un fourreau de velours vert et une bandoulière brodée d'or et d'argent, les charges d'or émaillé et la fourchette qui étoit un dauphin». En 1606, M. de Rosny, que l'on n'appelle pas encore Sully, lui donne «un petit canon d'argent»; en 1607, le prince de Galles, frère aîné de Charles Ier, lui envoie une escopette et une couple de petits pistolets.
Héroard indique encore deux armures complètes données à Louis XIII: l'une présentée au Dauphin en 1609, de la part du duc de Lesdiguières, avait été faite à Milan et avait coûté mille doublons; l'autre est envoyée au Roi, en 1611, par le prince Maurice de Nassau.
A la fin de l'année 1611, Louis XIII possédait sept arquebuses; le 1er janvier 1614 il en a quarante, et six semaines après cinquante-cinq. Le Roi avait sans doute fait cette nombreuse acquisition à la foire de Saint-Germain, car le 4 février 1616, il va «en carrosse à la foire Saint-Germain des Prés où il a acheté quatre arquebuses, ayant méprisé toutes autres sortes de marchandises». Son cabinet d'armes le suivait dans ses voyages, et une des occupations favorites du jeune Roi était de démonter et de nettoyer lui-même ses arquebuses.
Cet instinct particulier, qui le porte en toute circonstance à faire lui-même «œuvre de ses mains», devait naturellement détourner le jeune Roi de concevoir et d'entreprendre ces grands travaux de bâtiments affectionnés par son père Henri IV et repris depuis avec tant de passion par son successeur Louis XIV, le fils tardif de Louis XIII et d'Anne d'Autriche. Dans la seconde partie de son journal Héroard nous montre assez fréquemment le Roi, posant la première pierre de divers monuments, tels que: le bâtiment neuf de Vincennes et le collége de Cambrai (1610), l'aqueduc d'Arcueil (1613), le soubassement de la statue de Henri IV sur le Pont-Neuf (1615), le portail de Saint-Gervais (1616), le pont Saint-Michel (1617), les Récollets de Saint-Germain (1621), les Carmélites de Toulouse (1622). Ces cérémonies devaient plaire au jeune Louis qui y trouvait une occasion publique de montrer son adresse et faisait «merveilles», en jetant «le mortier pris dans un bassin d'argent, avec une petite truelle d'argent». La dernière mention de ce genre est à la date du 28 juin 1624. Dans cette journée le Roi «monte à cheval; part du Blanc-Mesnil (résidence du secrétaire d'État Potier d'Ocquerre), arrive à Paris à une heure, va au Louvre pour mettre la première pierre du pavillon du côté du jardin, avec une médaille de la face et du revers du pavillon faite par M. Grotius, flamand, homme très-docte. Au partir de là il est allé à l'Hôtel de Ville, y a goûté, y met la première pierre d'une fontaine que l'on avoit fait venir en la place des eaux de Roungy, puis monte à cheval, va au galop à Versailles, y arrive à cinq heures, va à la chasse au renard, revient souper à huit heures.»
Le château de Versailles, où l'on vient de voir le Roi se retirer et chasser encore après une journée aussi fatigante, est la seule construction de quelque importance à laquelle Louis XIII ait attaché son nom. On sait par Félibien avec quelle «piété pour la mémoire du feu Roi son père» Louis XIV voulut conserver les bâtiments qui s'élèvent encore au centre de ce château et entourent la cour de marbre. Dès le mois de février 1621, Héroard nous montre le Roi chassant et dînant pour la première fois à Versailles, terre qui appartenait alors à l'évêque de Paris, Jean-François de Gondi, mais dont le «vieil» château était depuis longtemps «ruineux et inhabitable»; puis le nom de Versailles ne revient qu'au commencement de l'année 1624, après une lacune de plus de onze mois dans le manuscrit du médecin. Sans cette interruption si regrettable, on saurait de source certaine comment Louis XIII peut, en moins d'une année, créer à Versailles une installation assez rapide et assez complète pour qu'à la date du 9 mars 1624, Héroard écrive: «Il entre en carrosse et va pour la chasse à Versailles, y dîne, par après monte à cheval, va courir un cerf, le prend, revient de bonne heure et prend un renard. Après souper il va en sa chambre, fait faire son lit qu'il avoit envoyé quérir à Paris, y aide lui-même.» Cette installation est définitive au milieu de la même année, et le Roi passe à Versailles une semaine entière; le 30 juin 1624, le Roi «étant à son château de Versailles» fait tenir sur les fonts de baptême par un de ses gentilshommes la fille de François Mongey, «concierge du château de Versailles»; le 2 juillet «il va à la messe, va faire donner la curée du cerf à ses chiens, revient au château, va faire faire l'exercice à ses mousquetaires, puis a tracé le plan de la basse cour de sa maison de Versailles». Le 2 août suivant, «après souper il monte à cheval, part de Saint-Germain, va au déçu de chacun à Versailles, où il arrive à huit heures et demie, s'amuse à voir toutes les sortes d'ameublements que le sieur de Blainville, premier gentilhomme de la chambre, avoit fait acheter, jusques à la batterie de cuisine.» En 1626, le Roi fait la Saint-Hubert à Versailles, y donne «un excellent festin aux Reines et princesses, où il porte le premier plat, puis s'assied auprès de la Reine. Il y fit garder un ordre merveilleux, puis leur donna le plaisir de la chasse.»
Pendant la dernière année du journal et de la vie d'Héroard, on voit encore Louis XIII, malade, languissant de corps et d'esprit, se traîner à Versailles où un jour, pour se distraire, «il mange d'un pâté que M. le cardinal de Richelieu avoit envoyé à ses mousquetaires.» Le 24 août 1627, le Roi arrive en carrosse à Versailles, «se met auprès du feu, puis sur son lit, à midi dîne à table, puis va en sa chambre, se couche sur son lit, se fait couvrir les jambes de sa robe fourrée, y est environ une heure, s'amuse à peindre. A quatre heures et demie il sort à pied, va à la porte entretenir les soldats du corps de garde, puis entre dans son petit carrosse tiré par un cheval et va se promener, voir son plant.» Enfin la fièvre disparaît, et le 15 septembre 1627 le Roi renvoie «tous les médecins qu'on avoit appelés»; le surlendemain Louis XIII retourne à Versailles pour quelques jours, et y fait encore «faire l'exercice à ses mousquetaires», avant de les emmener au siége de la Rochelle, où le fidèle premier médecin du Roi devait terminer ses jours.