Le 15, lundi.—Il est chaussé de chausses de serge jaune qui montoient jusques à la cuisse; c'est la première fois. A dix heures et demie mené à la chapelle puis joué en la salle, dansé par contrainte, pour ce qu'il y avoit deux hommes étrangers, et il disoit qu'il ne vouloit pas danser pour donner du plaisir, en est en mauvaise humeur, veut faire danser Mme de Montglat, la frappe, lui donne un grand coup de poing sur la poitrine. A onze heures trois quarts ramené en sa chambre, dîné; il dit à son page: Bompar, allez faire parler le perroquet tout le long du dîner. A trois heures et demie goûté. Ma femme arrive de Vaugrigneuse; il lui fait l'honneur de se lever de sa chaise, et lui porte au-devant sa main à baiser, lui demandant: Où est la petite Oriane? C'étoit une petite chienne; on l'envoie querir; il lui fait mille caresses. Il advient à M. le Chevalier de s'asseoir dans sa chaise; il le voit, et lui dit: Otez-vous de ma chaise, féfé. Il le dit deux ou trois fois; il n'en faisoit rien; il s'en va promptement à Mme de Montglat, et lui dit: Mamanga, j'aime mieux ma petite sœur que féfé Chevalier, parce qu'il n'a pas été dans le ventre à maman avec moi, comme elle, et il est assis dedans ma chaise.
Le 16, vendredi.—M. de Cressy disoit à la nourrice du Dauphin que M. Boquet, son mari, reviendroit de Sens, où il étoit allé, sur la mi-nuit; elle disoit que non.—C'est qu'il songe à la coignée, dit le Dauphin; le sieur Boquet lui avoit promis de lui rapporter une petite cognée à son retour de Sens.
Le 17, samedi.—Il danse avec Madame la volte, la courante. A trois heures goûté; bu un bon coup dans la coupe d'argent doré que Mme de Loménie lui avoit Fév
1607 donnée. A cinq heures viennent les ambassadeurs des villes Anséatiques et Teutonique, venant de la Cour et s'en allant en Espagne.
Le 18, dimanche, à Fontainebleau.—Il se va promener en la galerie; Mme de Montglat lui montre la peinture d'un léopard, lui demande que c'est; il répond: Je sais pas.—«Monsieur, c'est un léopard.»—Il ressemble à de Hoey[385]. C'étoit un peintre; il étoit vrai. Il avoit l'imagination fort bonne. M. de Maleville lui montre une voile de navire, et lui demande: «Monsieur, à quoi sert une voile?»—C'est pour faire aller le navire, car le vent le pousse. Il y avoit des H peintes, Mme de Montglat lui demande: «Quelle lettre est cela?»—C'est un H; quand je serai grand je ferai mettre des L auprès.
Le 20, mercredi.—Il se fait habiller en chambrière picarde, masquée, se fait nommer Louise, suit Mlle de Vendôme coiffée en bourgeoise, qui dit que c'est sa chambrière, et se garde de parler de peur d'être reconnu. M. le Chevalier les conduit, disant que c'est de la marchandise qu'il emmène du Levant.
Le 21, mercredi.—Il écrit au Roi par moi[386], lui envoyant la petite Oriane, chienne de ma femme; en écrivant au Roi, il a demandé Si maman lui écriroit pas? On lui a répondu qu'elle n'écrivoit qu'au Roi.—Papa m'a dit que maman fait force pâtés, mais si elle m'écrit, encore qu'il y ait des pâtés, je garderai bien la lettre.
Le 22, jeudi.—Il commence à apprendre des mots latins, qui lui sont appris par M. Hubert, médecin du Roi, venu pendant mon absence.
Le 23, vendredi.—Il écrit au Roi. A six heures et demie soupé; il voit jouer une farce à Laforest.
Le 27, mardi.—A onze heures dîné; il se fait habiller en bergère. A deux heures et demie goûté, dansé, joué; Fév
1607 il entend le tonnerre, va à Mme de Montglat, et lui dit: Mamanga, faites-moi prier Dieu.
Le 28 février, mercredi.—Mené à la chapelle de la salle du bal, il a pris des cendres.