CAVE VIATOR, SACRA HÆC HUMUS EST,
ABI, NEFASTE, QUAM CALCAS HUMUM SACRA EST,
RONSARDUS ENIM JACET HIC
QUO ORIENTE ORIRI MUSÆ,
ET OCCIDENTE COMMORI,
AC SECUM INHUMARI VOLUERUNT.
HOC NON INVIDEANT, QUI SUNT SUPERSTITES,
NEC PAREM SORTEM SPERENT NEPOTES.
IN CUJUS PIAM MEMORIAM
JOACHIM DE LA CHETARDIE,
IN SUPREMA PARISIENSI CURIA SENATOR
ET ILLIUS, VIGINTI POST ANNOS,
IN EODEM SACRO CŒNOBIO, SUCCESSOR
POSUIT.

«Cette épitaphe, sauf les six dernières lignes, a été insérée dans le Tombeau de Ronsard, comme ayant été composée par J. Héroard, médecin du Roi. Il est vraisemblable que La Chétardie se sera borné à reproduire l'inscription originale, en ajoutant que le monument avait été reconstruit par ses soins. Le biographe et l'un des derniers admirateurs du maître, Guillaume Colletet, la traduit de cette façon:

Epitaphe de Pierre de Ronsard,
Prince des poëtes et autrefois prieur de ce monastère.


Arreste, passant, et prends garde; cette terre est sainte. Loin d'icy, prophane! cette terre que tu foules aux pieds est une terre sacrée puisque Ronsard y repose. Comme les Muses, qui naquirent en France avecque luy, voulurent aussy mourir et s'ensevelir avecque luy, que ceux qui luy survivent n'y portent point d'envie, et que ceux qui sont à naistre se donnent bien de garde d'espérer jamais un pareil advantage du ciel.

C'est à la mémoire de ce grand poëte que Joachim de La Chétardie, conseiller au souverain Parlement de Paris et, vingt ans après, son successeur en ce mesme prieuré, a consacré cette inscription funèbre.

«De même que la première, continue M. P. Blanchemain, cette nouvelle sépulture devait disparaître à son tour. L'orage révolutionnaire de 1793 emporta le prieuré de Saint-Cosme; nul ne s'inquiéta du buste érigé par La Chétardie, et le marbre tumulaire à demi brisé n'obtint l'hospitalité d'un musée de province qu'après un demi-siècle d'oubli.» L'épitaphe latine de Pierre de Ronsard, composée par Jean Héroard, existe en effet, «très-fruste, mais en partie lisible encore,» au Musée de Blois.

Héroard était de service auprès de Henri III lorsque le Roi fut frappé par Jacques Clément, et le docteur Astruc nous apprend que c'est en qualité de «médecin par quartier» qu'il fut présent à l'ouverture du corps. Il conserva ses fonctions sous le roi de Navarre avec le titre de «conseiller, médecin ordinaire et secrétaire du Roi», et dédia à Henri IV son Hippostologie, imprimée enfin en 1599. Deux ans après il était nommé premier médecin du Dauphin, et Guillemeau prétend que ce fut grâce à la protection du grand écuyer de Bellegarde. Vers la même époque Jean Héroard devint seigneur de Vaugrigneuse, par son mariage avec Anne Du Val, fille et héritière de Guillaume Du Val, trésorier de la généralité de Tours et seigneur de Vaugrigneuse.

Avec la naissance de Louis XIII commence pour Héroard une nouvelle existence qui va nous permettre de laisser de côté les diatribes de son ennemi Charles Guillemeau. La tendresse du médecin pour l'enfant qui lui est confié a un caractère tout paternel et vraiment touchant. Lorsque, quelques années plus tard, il sera question de donner un précepteur au Dauphin, Héroard écrira: «Je lui fais offre (à ce précepteur) d'un journal d'où il pourra tirer, fil après autre, des conjectures évidentes des complexions et des inclinations de notre jeune Prince; et si l'affection se pouvoit transporter, je lui en fournirois à suffisance et autant que nul autre, voire de cette tendre et cordiale passion que naturellement les pères ont pour leurs propres enfants.»