Le 28, mardi.—A neuf heures il va dire adieu à la Reine, qui partoit pour aller à Paris; le Roi étoit parti à six heures. Le soir il envoie querir la musique de M. de Bouillon; c'étoit un luth, un clavecin et une viole par un nommé Pradel, excellent joueur s'il en fut jamais.
Le 29, mercredi.—Il s'amuse à écrire des devises et à peindre les corps[594].
Avr
1609
Le 30 avril, jeudi.—Mené sur la route de Moret, où il chasse au blaireau. Il étudie et apprend à décliner son nom en latin jusqu'à l'ablatif.
Le 1er mai, vendredi, à Fontainebleau.—Il étoit botté pour aller à la chasse, il se prit à pleuvoir: C'est, dit-il, un grand cas; il pleut toujours quand je me botte, je voudrois bien savoir d'où vient cela. Il est amusé par certaine musique ambulatoire[595].
Le 2, samedi.—Son précepteur M. Des Yveteaux lui ayant demandé que c'étoit à dire en françois: Discite justitiam moniti et non temnere divos, il répond: Je ne sçais. M. Des Yveteaux reprit: «C'est-à-dire, soyez avertis à apprendre à faire justice et à ne craindre point Dieu.» Je veux croire[596] que ce fut par mégarde.
Le 5, lundi.—En buvant il regardoit deçà et delà; M. de Souvré lui dit qu'il faut regarder dans le verre, et le lui montroit avec deux doigts; le Dauphin ayant bu, lui fait les cornes. M. de Souvré lui dit: «Comment, Monsieur, vous me faites les cornes?»—Quand on fait les cornes, il les faut rendre; c'étoit un de ses plus grands déplaisirs quand on les lui faisoit, et l'une de ses plus grandes vengeances. Le long du dîner il s'entretient de la chasse avec maître Martin, qui avoit les chiens d'Artois. Le sieur Angé lui voulut faire quelque conte, il dit: Ho! ce sont contes de la cigogne.—«Monsieur, vous ne les croyez donc pas?»—Je ne suis pas de ceux là. Je lui demande: «Monsieur, qu'est-ce des contes de la cigogne?» il répond: Quand on veut faire craire quelque chose qui n'est pas vraie.
Le 8, vendredi.—Il s'amuse à peindre un carrosse à six chevaux, avec l'encre et la plume[597].
Le 9, samedi.—A dîner il raille avec M. le Chevalier Mai
1609 et avec M. de Verneuil, dit à M. de Verneuil qu'il donnera la bénédiction à M. le Chevalier quand il ira à Malte. A souper on lui sert des maquereaux pour la première fois; il demande: Qu'est cela? on lui répond: «Monsieur, ce sont des maquereaux»; il ouvre la gueule au poisson et, lui battant la tête: Fi! le vilain! ôtez, ôtez-moi ces vilains!
Le 11 mai, lundi, à Fontainebleau.—Le matin il fait ouvrir les fenêtres et souffle en l'air, disant qu'il envoie toutes ses opiniâtretés au comte de la Voute, qui étoit logé au pavillon du bout du jardin du Tibre.