Le 13, mercredi.—A dix heures il entre en carrosse, va par Moret (ce fut la première fois); on lui porte les clefs de la ville; il la traverse, et va dîner à Ravannes, maison du jeune Loménie. Il revient par Moret, où M. de Moret, âgé de deux ans, le vient saluer, arrive à Fontainebleau, où, sans descendre de carrosse il est mené en la forêt, au devant du Roi, qui couroit le cerf, revenant de Paris. La Reine arriva à neuf heures.

Le 16, samedi.—L'on prend un chaton de diamants qui étoit sur un cordon de chapeau, pour le lui mettre pour enseigne; quelqu'un dit que M. de Sully lui en bailleroit un de deux mille écus: Ha! oui, dit le Dauphin, et il n'a pas voulu payer mes chevaux de chariot! il le disoit en colère sans le montrer; il n'aimoit pas à être refusé.

Le 18, lundi.—Déjeuné en s'amusant à faire lire et interpréter au sieur Des Yveteaux certaines devises qui étoient dans un petit livre appartenant à M. de Souvré; il y en avoit une de l'hermine, qui aimoit mieux se laisser prendre que de se souiller: Celle-là est belle! dit-il.

Le 19, mardi.—A souper M. de Vilaines, gentilhomme servant, lui demanda s'il lui plaisoit du vin ou de la tisane, il lui répond: Duquel que vous aimerez le mieux; il lui sert de la tisane, et ayant bu il lui dit: J'ai bu de celui que vous aimez le moins.

Le 21, jeudi.—A midi, dîné avec le Roi; il s'amuse Mai
1609 à écouter maître Guillaume[598], et rit de ce que le Roi lui ayant demandé de qui il pensoit que Monseigneur le Dauphin fût fils, il lui répondit: «D'un président de Paris.»

Le 26 mai, mardi.—Goûté hâtivement pour aller à la chasse, il dit à M. de Souvré: Mousseu de Souvré, dites s'il vous plaît à ma mère qu'il y a cinq jours que je ne suis point monté à cheval; en vérité il y a cinq jours! Il commande que ses bottes fussent mises dans le carrosse, va chez la Reine, est mené en carrosse pour aller au devant du Roi, qui couroit le cerf, voit passer le cerf et se trouve à la mort.

Le 1er juin, lundi, à Fontainebleau.—Mis au lit, il me donne son bras et me dit: Regardez le petit oiseau avant de vous en aller; c'étoit son pouls. Il me donna congé pour aller à Vaugrigneuse[599].

Le 18, jeudi.—Mené à la chapelle, puis chez LL. MM.; il va avec eux à la procession et au sermon.

Le 24, mercredi.—Il étudie au catéchisme. Après souper il est mené chez LL. MM., puis se va jouer à la galerie, où il bat un des laquais à coups de raquette, parce qu'il avoit accompagné M. de Souvré allant au bourg; ramené en pleurant de peur du fouet, que le Roi avoit commandé de lui donner. Mis au lit, il ne veut point dormir que M. de Souvré ne l'aye assuré qu'il n'auroit point le fouet.

Le 25, jeudi.—M. de Souvré lui fait la peur entière du fouet jusques à l'exécution, suivant la grâce qu'il en avoit demandée au Roi. Mené à la messe chez LL. MM., où il se jette à genoux devant la Reine, demandant pardon de la faute du jour précédent, et peu après en fait autant au Roi, qui arriva en la chambre de la Reine, laquelle rougit lorsque Monseigneur le Dauphin se jeta à Juin
1609 genoux devant elle, et n'écoutoit point ce que M. de Souvré lui disoit. Soupé avec le Roi; mené au jardin promener, il demande permission au Roi de cueillir et faire deux bouquets, l'un pour la Reine et l'autre pour Mlle de Fonlebon, l'une des filles de la Reine, sa maîtresse; il en étoit amoureux. S'en retournant il demande congé d'aller chez les filles de la Reine, donne le bouquet à sa maîtresse, et la baise quatre fois, serré et gaiement; puis va chez la Reine, et lui donne l'autre bouquet, fait de lys blancs et autres fleurs, se met à chanter plusieurs chansons en concert, devant LL. MM.