Le 12, dimanche, à Fontainebleau.—Mené à la chapelle, puis en la grande galerie, d'où il voit le Roi courant la bague. Avant de se coucher il compose et écrit des vers amoureux, marque la note de l'air; son précepteur[604] l'aide à achever, y ajoute des vers.

Le 13, lundi.—A dîner, il raille avec un fol normand, nommé Des Vietes, qui faisoit du mauvais latin.

Le 14, mardi, voyage.—Il part de Fontainebleau, dîne à Melun, arrive pour la première fois à Brie-Comte-Robert à quatre heures; goûté au château, racoustré par M. Gobelin, président des Comptes. Après souper il est mené promener à Panfou, maison de M. le chancelier[605], se joue sur un meulon de foin, l'assaut, le défend, se roule du haut en bas, sue, change de chemise. Ramené à Brie; ses bagages n'étoient point arrivés, son chariot s'étoit rompu par deux fois, ils n'arrivèrent qu'à onze heures. A neuf heures et demie il est dévêtu, mis au lit; c'étoit le lit de M. Gobelin et de ses draps. Il demanda: Le Roi mon père a t'y couché ici? On lui dit que oui, car il eût fait difficulté d'y coucher. Il se met à vouloir des vers, et me dit: Mousseu Hérouard, mettez cette prose en vers: «Je veux que ceux qui m'aiment m'aiment longtemps; car s'ils ne m'aiment point qu'ils me quittent demain». Il me presse de les faire tout à l'heure; je les lui fais ainsi:

Je veux que tous ceux-là qui de m'aimer desirent,

Que ce soit pour toujours ou bien qu'ils se retirent.

Il me dit: Je vous en veux donner une autre prose; c'est cette-ci: «Je veux que toutes mes actions ayent leur fondement sur la vertu». Apportez-le moi demain matin en vers.

Le 15, mercredi, voyage.—Éveillé à huit heures, il me demande les vers avec impatience; je me veux excuser, il me presse, je les lui baille ainsi:

Juil
1609

Je consacre mes actions

Et toutes mes affections