Déc
1609

Le 17, jeudi, au Louvre.—Mené en carrosse chez M. le comte de Soissons, ramené chez la Reine, où il s'amuse à de petits amusements.

Le 18, vendredi.—Il s'aperçoit que M. de Souvré alloit prendre du vin pour déjeûner; il saute de sa chaise, y va pour en avoir et âprement, ne veut permettre que M. de Souvré en boive s'il ne lui en permet[630]. M. de Souvré n'en veut point; Mgr le Dauphin se doutant qu'il en prendroit après, commande à son sommelier de s'en aller, le guette s'il emportoit la bouteille au vin, puis entre en son étude.

Le 20, dimanche.—Mené chez le Roi, qui avoit pris médecine, puis par la galerie aux Feuillants; ramené par le même chemin chez LL. MM., puis chez lui; mené en carrosse aux Chartreux, où il a goûté.

Le 21, lundi.—Mené en carrosse chez la reine Marguerite, où il se joue au jardin, danse au bal, écoute la musique. A six heures et demie soupé; il s'amuse à écouter des mauvais contes de La Clavelle[631] et autres, dont il sembloit que son esprit s'amollissoit; il y prenoit plaisir.

Le 22, mardi.—Mené chez la Reine, mandé par elle pour lui avoir été dit que son bégayement[632] procédoit pour avoir encore le filet; il fut jugé qu'il n'en avoit pas besoin; il craignoit qu'on lui voulût couper la langue quand on la lui faisoit tirer; il dit: Comment! me Déc
1609 la veut-on couper?
et commençoit d'en pleurer.—En soupant il s'amuse à voir faire des sauts de souplesse merveilleux à une petite fille âgée de cinq ans et à la voir danser.—Les sieurs de Chalais et de Pouillay s'étoient battus au cabinet du Roi; S. M. commande à M. de Souvré que Pouillay ait le fouet comme ayant jugé qu'il avoit le tort. Mme de Montglat est priée par Pouillay de supplier Mgr le Dauphin de supplier le Roi pour lui pardonner; il entre en colère, la repousse avec la main avec ces paroles: Allez-vous-en! quoi! vous voulez que je prie pour Pouillay le Roi mon père, et il a commandé qu'il eût le fouet! Il se mettoit en colère contre tous ceux qui lui en parloient à sa recommandation, et ne put être vaincu. Il aimoit plus Chalais que l'autre[633].

Le 25, vendredi, jour de Noël, au Louvre.—Mené chez le Roi, qui, à une heure et demie, le mène à Saint-Gervais au sermon du P. Gontier, jésuite.

Le 26, samedi.—Mené à vêpres à Saint-Germain-de-l'Auxerrois, puis goûté chez Mme de Souvré, logée au doyenné. Joué en son cabinet, avec ses petits gentilshommes, à croix et à pile, comme le Roi, à trois dés: Tope, masse.

Le 28, lundi.—Il écrit en son cabinet, dans la tour, cette lettre à M. le prince de Galles:

Monsieur et frère, le Roy mon seigneur et père envoyant le sieur de la Boderie vers le Roy de la Grande-Bretagne, je l'ay voulu charger de ce mot qui vous servira d'asseuré tesmoignage de mon amitié, de laquelle vous devés faire estat aussi certain que de chose qui vous est entierement acquise, desirant que vous me teniez pour