Juil
1602

Le 21, dimanche, à Saint-Germain.—La Reine arrive à dix heures, le Roi à dix heures et demie.

Le 22, lundi.—Vêtu d'une cotte neuve, du présent de la Reine, il est porté à huit heures au jardin, au Roi qui se promenoit, ayant pris de l'eau de Pougues[46]. La Reine le demande, on le lui apporte, il pleure; il le faut emporter, le Roi ne le peut apaiser. Porté chez la Reine, le Roi y étant; ils ont voulu voir sa tête, l'ont fait brosser, et en ont toute la journée eu leur agréable passe-temps.

Le 24, mercredi.—Vêtu à sept heures, il prend plaisir et se rit à plein poumon, quand la remueuse lui branle du bout du doigt sa guillery. A huit heures, porté à la chambre de la Reine, aux fiançailles du baron de Gondi et de la signora Polyxena Gonzaga, l'une des filles de la Reine. Le Roi lui continue toujours ses caresses.

Le 28, dimanche.—Le Dauphin, vêtu à sept heures, se promène, se tourne pour voir s'il a ses soldats, rencontre le Roi, le reconnoît en souriant. Le Roi se cache derrière moi et l'appelle; il le cherche, l'aperçoit enfin et se met à sourire. Mme d'Angoulême[47], Mme la princesse d'Orange[48] arrivent; la Reine lui donne une petite turquoise mise à son doigt.

Le 29, lundi.—Le Roi et la Reine arrivent de la chasse, commandent de le leur porter. Le Roi lui fait Juil
1602 voir donner la curée du cerf pris au-dessus de Ruel; il ne s'en étonne point.

Le 31 juillet, mercredi.—Impatient pour sortir; il rencontre le Roi; mené en carrosse dans la forêt à voir passer le cerf couru par le Roi, qui avoit dîné à Forqueil, où s'étoit faite l'assemblée. Porté au Roi, dedans son lit, blessé d'une chute, courant le cerf. Il tient un bâton; je prends un brin de fagot, j'en frappe contre son bâton pour escrimer; le jeu lui plaît, il me poursuit en riant par toute la chambre. Tout le reste du jour paisible et fort gai.—Ce jourd'hui, à cinq heures, le maréchal de Biron eut la tête tranchée à la Bastille[49].

Le 1er août, jeudi, à Saint-Germain.—Le poil lui éclaircit, la tête se nettoie. Promené; il rencontre le Roi, voit la Reine, caresses accoutumées.

Le 2, vendredi.—Promené il rencontre le Roi, lui rit et tend les bras; va en la chambre de la Reine. On lui fait chercher le Roi dans le lit de la Reine; ne le trouvant point il entre en grande colère. Il va en la chambre du Roi, qui le met coucher avec lui, avec infinies caresses.

Le 4, dimanche.—Allées et venues. M. de Rosny. Porté à la chambre du Roi, qui soupoit; il lui a fait prendre de la soupe, qu'il a fort bien mangée.