Le 10, jeudi.—M. de Vendôme arrive, se met auprès de lui, à la main gauche; il le repousse par deux diverses fois de la main, disant: Allez plus loin. M. de Vendôme, de son mouvement, lui baise le dessus de la main et à l'impourvû. Ha! dit-il en faisant le fâché, vous baisez ma main, et la frotte contre sa robe. Promené au jardin, dîné, amené à la Reine, mis en carrosse. A deux heures goûté, amusé, ramené en la salle du Roi, il fait sortir un cul-de-jatte qui jouoit du flageolet, disant: Mettez dehors; qu'il joue, mais je ne le veux pas voir. Il ne veut Juin
1604 point voir Olyvette, folle de feu Mme de Bar, ne veut point voir maître Guillaume[99], n'aime point les fols de cette sorte. Soupé; il fait porter de la gelée au petit Canada, malade; s'amuse à voir les passants.
Le 11, vendredi, à Saint-Germain.—Il se fâche, frappe Mme de Montglat, fait ôter le bâton à M. de Courville, gouverneur des pages de la chambre. Mené au jardin, on ne le peut contenter; on est contraint de l'emporter; il crie, craignant le fouet; outré, un peu fouetté, il égratigne bien fort Mme de Montglat à la joue de deux grandes raflades. Apaisé, mené à la salle du Roi; à onze heures trois quarts dîné; fâcheux, il fait ôter Madame de table. Mesuré, il a trois pieds de long, moins demi-pouce[100].
Le 12, samedi.—A neuf heures déjeuné; il va à la chapelle, voit M. le Chevalier et Mlle de Vendôme à genoux sur leurs carreaux; il se prend à eux, disant: Otez, ôtez de là; priez Dieu à terre; ils sont contraints de les ôter. Mené chez la Reine, il entre en fâcheuse humeur, veut que la Reine ôte sa robe, qu'elle ôte sa chaîne. La Reine le frappe, il lui rend, demande pardon. Il fait le fâcheux, ne veut point dîner; enfin, sur la jalousie de Labarge, qui feignit vouloir manger le dîner, il dîne à onze heures et demie. Il prend plaisir aux discours de maître Guillaume, les redit. A deux heures et demie goûté; il va en la chambre de Madame; Mme de Montglat veut donner la chemise à Madame; il la prend, la jette à terre en colère. On la met à Madame, il crie plus fort; fouetté, outré de colère. Porté au Roi à sept heures et demie, ramené à huit.
Le 13, dimanche.—A neuf heures déjeuné; mené chez le Roi; le Roi lui veut faire prendre en la bouche, par force, une fraise; il entre en mauvaise humeur, jette la serviette du Roi par terre; porté en la chambre de la Juin
1604 Reine, fouetté. Mené au dîner du Roi, il mange tout ce que le Roi lui donne.
Le 14, lundi.—Mené au palemail, il court de loin au Roi, l'embrasse; le Roi le prend par la main. A onze heures mené en la salle du Roi; dîné; mené au Roi à deux heures, il se joue en la galerie.
Le 15, mardi.—A neuf heures déjeuné; peint par le sieur Martin[101]. Mené à la chapelle, M. le Chevalier et Mlle de Vendôme étoient sur leurs carreaux, il les en fait ôter. Mené à la Reine à trois heures; le Roi revient de la chasse; à trois heures trois quarts le Roi et la Reine partent pour aller à Paris.
Le 16, mercredi.—Il se jouoit d'une petite clef attachée à un cordon; je lui demande. «Monsieur, est-ce la clef de vos écus?» Il répond: Oui.—«Et qui les garde?»—Il répond: Moucheu de Rosny. A deux heures et demie goûté; il vient en ma chambre. Je tenois sur ma table la liasse de mon journalier pour le montrer à Mme de Panjas, qui étoit avec Mme de Montglat. «Ce livre, Monsieur, lui dis-je, c'est votre histoire pisseuse.» Il répond: Non.—«C'est votre histoire breneuse[102].» Il répond: Non.—«C'est l'histoire de vos armes.» Il répond: Oui. A huit heures le Roi et la Reine reviennent; mené vers LL. MM., il les embrasse, danse, court, va servir le Roi à table. Il demande une guine, le Roi la lui refuse, il s'en fâche; le Roi la lui veut donner, il n'en veut point, est en mauvaise humeur, continue voyant que le Roi baisoit M. le Chevalier. Le Roi se lève de table, le veut baiser, il Juin
1604 ne veut pas; le Roi lui prend la tête et le baise, et se sentant pressé, pour se défendre il rencontre la barbe du Roi (sic).
Le 17, jeudi.—Mené à la messe du Roi, qui le mène à la procession, ramené à la chapelle pour l'écu à l'offrande, qu'il ne vouloit point lâcher[103]. A onze heures trois quarts, mené en la salle du Roi; dîné en rêvant et battant le tambour de la voix, tirant des arquebusades. Il ne songe point à boire; on lui en présente sans en demander; il n'en fait compte, boit par coutume. Amusé jusques à trois heures, goûté; mené au palemail au Roi et à la Reine, il court, joue au palemail, frappe un coup en lieu plein, vers la chapelle, de quatre vingts pas, mesurés par le Roi. A six heures et demie soupé; en mangeant on lui dit: «Monsieur, voici un autre féfé qui vous vient voir.» Il répond: Enco un aute féfé! où est-i? M. et Mlle de Verneuil arrivent à sept heures et un quart; il les regarde fixement à l'entrée. On le met bas[104], il va au devant froidement pour recevoir M. de Verneuil, lequel se retire contre celui qui le tenoit et se retourne, hoignant, ne voulant point voir et approcher M. le Dauphin, qui suivoit froidement, sans s'émouvoir, pour le caresser. M. de Verneuil résiste à l'accoutumée; cependant M. le Dauphin se retourne, baise et accole par deux fois Mlle de Verneuil. Voyant que M. de Verneuil ne se vouloit point laisser accoler ni approcher, il retourne, court vers sa table et achève de manger. Il regardoit M. de Verneuil, tenant la tête baissée sur le côté droit et appuyé sur le bras de la chaise, du coude du même côté. Mené au Roi en la cour, le Roi le mène au jardin; tous ses enfants y étoient[105].
Juin
1604
Le 18, vendredi, à Saint-Germain.—Mené à la Reine, M. de Verneuil avec lui; la Reine leur fait bonne chère. A trois heures et un quart goûté; il donne des confitures à M. de Verneuil.