Le 19, samedi.—Il se joue à un petit canon qu'il dit lui avoir été donné par le sieur Constance, écuyer du Roi. A onze heures et demie dîné; il pousse son écuelle de cerises, et dit: Velà pou le petit Canada, qui étoit décédé le jour précédent. A cinq heures et demie mené au jardin, il se fait mettre dans le petit chariot vert avec Mme de Montglat, et à son côté M. de Verneuil, disant: Mettez, mettez-le là, après que M. de Verneuil lui eut demandé: «Mon maître, vous plaît-il que je sois là?» Mené au Roi et à la Reine revenant de la chasse.

Le 20, dimanche.—M. de Vendôme entre en sa chambre fort accompagné; il y avoit entre les autres un gentilhomme de Normandie, nommé le sieur de la Valée, qui se mêloit de prédire par horoscopes et nativités. Il s'adresse à lui parmi la troupe: Allez vous-en, et le presse si fort qu'il fallut sortir. A dix heures et demie porté au Roi en la chapelle; on lui demande: «Monsieur, qui est le papa de féfé Verneuil?» Il répond un mot controuvé, de son invention, comme quand il ne vouloit pas dire quelque chose. «Monsieur, lui dit-on, il est le fils du Roi.» Il répond court et soudain: C'est moi, se montrant et ayant la main sur sa poitrine.

Le 21, lundi.—Mené à la chapelle; le Roi lui jette de l'eau bénite au visage; il s'en met en colère, ne veut que personne sorte, fait fermer les portes. A deux heures et demie goûté; il s'amuse aux exercices de guerre. La Reine arrive, il se met en mauvaise humeur, ne veut point baiser la Reine, la veut frapper. L'on feint de Juin
1604 fouetter Labarge comme faisant la faute; il s'apaise et fouette lui-même Labarge. A six heures soupé; sa nourrice lui demande s'il veut teter, et lui présente le teton; il lui tourne le dos, lui disant froidement: Faites teter mon cu.

Le 22, mardi.—Il entre en mauvaise humeur contre Mme de Montglat, en fait autant à M. Concino, puis fait la paix moyennant un petit carrosse et une charrette pour Labarge. Il va au jeu de paume, donne le bonjour au Roi, se joue, et rit avec M. de Montigny, enseigne colonelle aux gardes, qui avoit un grand nez, l'appelant Janica, pour Nasica.[106]

Le 23, mercredi.—Promené par la galerie; il donne le bonjour au Roi, qui étoit en carrosse à cause de la pluie. Il donne un soufflet à la petite Louise, parce qu'il ne vouloit pas qu'elle tînt par la main Mlle de Verneuil; elle s'en va, il la suit pour la faire revenir, ne veut point que Labarge y aille, et l'ayant attrapée: Venez, venez, petite Louise, je ne vous battai pus.

Le 24, jeudi.—Mené au Roi, qui le mène à la Reine; il obtient grâce pour des chats que l'on vouloit mettre au bûcher de la Saint-Jean. Mené au Roi et à la Reine, il est gentil et le Roi lui est fort doux. Il s'amuse avec ses petits seigneurs à des actions de guerre; la Reine arrive, il se met en colère contre elle, craignant que ce fût pour lui empêcher son plaisir. La Reine le menace du fouet, la colère augmente; le Roi l'apaise. Le Roi et la Reine partent à trois heures.

Le 27, dimanche.—Il fait ôter de derrière lui M. de la Valette, qui lui tenoit sa lisière; arrive un habitant de Rouen, âgé de cinquante-cinq ans, qui se met à genoux, la larme à l'œil, disant le cantique de Siméon.

Le 28, lundi.—Mlle de Vendôme pour se jouer avec le Dauphin, comme elle faisoit bien souvent, lui porte son Juin
1604 doigt au visage; il s'élance en colère sur elle comme un lion et lui arrache le masque du visage. Il met le feu au bûcher de Saint-Pierre.

Le 29 juin, mardi, à Saint-Germain.—Il fait de petites actions militaires avec ses soldats; M. de Mansan lui met le hausse-col, le premier qu'il ait mis; il en est ravi, se fait voir à tous ses soldats. Il goûte avec son hausse-col, s'entretient avec tous ses soldats comme s'il étoit en pleine guerre.

Le 30, mercredi.—Il demande son hausse-col et toutes ses armes, les prend, les considère, s'en joue, en est ravi, met ses gantelets en mains, en gourme Labarge. Il ne peut laisser les armes. Mme de Vitry appeloit M. de Verneuil son maître; il l'entend, et dit: Non, c'est moi.