Le 2 juillet, vendredi, à Saint-Germain.—Mme sa nourrice demande à M. de Verneuil ce qu'il avoit mangé à souper, il répond: «Du poulet, de la panade, etc.» Elle demande après à M. le Dauphin: «Et vous, petit bout de nez, petit galant, qu'avez-vous mangé à souper?» Il répond en souriant, comme gaussant: De la mede.

Le 3, samedi.—Il se fait mettre dans le chariot du comte de Permission, fait asseoir M. de Verneuil sur le devant, se fait traîner.

Le 4, dimanche.—Mené à dix heures à la chapelle, il entre en colère contre M. l'aumônier, est fouetté; la colère lui augmente, il en est diverti par Labarge, qui sonne les cloches. Le baron d'Ornh, gentilhomme anglois, fils du grand fauconnier d'Angleterre, vient avec le sieur de l'Isle, gentilhomme anglois, lequel, par transport, souleva et baisa à l'oreille M. le Dauphin par permission; mais il avoit à demi fait quand il la demanda.

Le 5, lundi.—Promené en la basse-cour où il donne l'aumône à des pauvres.

Le 6, mardi.—Mme la marquise arrive en la salle du Roi, trouve M. le Dauphin, qui lui donne la main à baiser; Mme de Verneuil se veut jouer à lui, et lui prend ses Juil
1604 tetons; il la repousse et lui dit: Otez, ôtez, laissez cela; allez-vous-en.

Le 7, mercredi.—Botté pour la première fois par M. de Ventelet, il en est ravi, montre ses bottes à chacun, dit qu'il va à Paris, demande son cheval. Le capitaine Polet, gentilhomme gascon, revenant de Hongrie, lui baise les mains. Le Dauphin ne veut point baiser Mme la marquise de Verneuil, ne veut point approcher Mme la marquise, la frappe de son palemail. Il se fait mettre son hausse-col, prend sa pique, la branle contre M. de Belmont, se fait mettre son épée, s'efforce de la tirer (elle étoit bridée). Mme la marquise lui dit: «Monsieur, je vous la tirerai, et permettez que mon fils prenne votre pique, le voulez-vous bien?» Elle la met hors du fourreau; il la tient haut, élevée, pour un peu de temps. M. de Belmont la prend de ses mains, la remet dans son fourreau et la bride, feignant de la lui vouloir racoustrer. Il ne veut jamais permettre que la marquise lui touche les tetons; sa nourrice l'avoit instruit, disant: «Monsieur, ne laissez point toucher vos tetons à personne, ne votre guillery, on la vous couperoit.» Il s'en ressouvenoit.

Le 8, jeudi.—M. de Lorraine[107], qui le venoit voir avec MM. de Bar[108] et de Vaudemont[109], arrive; il va à lui le chapeau au poing, lui tend la main à baiser et à MM. ses enfants, se fait mettre l'épée que le duc de Lorraine lui donne. Mme la marquise de Verneuil, qui étoit revenue de Poissy à une heure, vient à deux heures; il ne tend point la main. Elle essaye tous les moyens, point; Mme de Montglat lui fait donner, mais avec peu de volonté, et lui fit dire: Adieu, madame, j'aimerai bien vote fils, mon féfé. Elle répondit: «Et il sera votre Juil
1604 serviteur.» A quatre heures, le duc de Lorraine prend congé de lui.

Le 10, samedi, à Saint-Germain.—Il ordonne en paroles comme s'il avoit déjà commandement, et dispose de l'ordre et devoir des soldats, sait les noms et propriétés de toutes les armes. Il tire des armes, fait ôter le plastron à M. de la Valette.

Le 12, lundi.—Il fait venir une épousée de village, considère les danseurs.

Le 14, mercredi.—Éveillé à sept heures trois quarts, il s'entretient tout seul, bat tout bas en soi-même la batterie des lansquenets, bat du tambour contre sa poitrine avec le poing. Çà, dit-il, venez souda, en fait autant faire par Mlle Beraud, lui dit: Marchez, en garde, demande son corselet, disant: J'ai astheure une grande chambre, et un grand corcelet; il est là-haut à ma garde-robe. Il en fut impatient tant qu'il l'eût; il se laisse vêtir et coiffer patiemment, sous l'espérance d'un casque qu'il voyoit devant lui; il le fait essayer, il étoit trop étroit. M. de Belmont lui met son hausse-col; M. de Ventelet tenoit le derrière du corcelet; M. de Belmont lui met le derrière, qu'il empoigne lui-même et le serre comme sauroit faire le plus accoutumé à porter cuirasse, a la patience, et soudain qu'il est armé demande: Ma pique, et se prend à marcher parmi la chambre, si gaiement et si à son aise qu'il sembloit n'avoir rien sur les épaules. Jamais ne fut vu pareille chose en cet âge: la patience, l'adresse et la facilité à porter et manier les armes. Il se prend à tirer et branler des coups de pique contre Labarge et sur la balustre, comme à la barrière; il va, il vient, il ne dit mot, transporté d'aise. L'on lui porte un grand miroir, il se voit dedans, et tout soudain se fait désarmer. Il joue, raille sur Marguerite Valon, descend chez MM. d'Épernon, s'amuse à un livre de figures, en voit une où il y avoit un hallebardier qui en détachoit un autre, lui avaloit les chausses, et lui mettoit le doigt dans le Juil
1604 fondement. , dit-il, Velà Fanchemont (Franchemont, un hallebardier du corps, qui étoit en quartier) qui met le doigt au cu du capitaine Richard. A trois heures, comme il a entendu battre la garde, il a demandé soudain: Je veux mes armes, mon corcelet, mon casque, mon hausse-cou, se fait armer, et là-dessus les soldats viennent pour entrer en garde. Il se fait désarmer et commande au baron de Montglat de porter ses armes au corps de garde, au sieur de Saint-Martin, pour les mettre au râtelier et les bien attacher. Elles y furent mises, les armes entières, depuis le casque jusques aux pieds; il les alloit montrant à ceux qui entroient en la salle; il me les montra par la fenêtre, me dit: Voyez, mes armes qui sont au corps de garde, et me commanda de l'écrire.