Le 2, jeudi, à Fontainebleau.—Le Roi le mène éveiller la Reine, puis de là en la cour de la Fontaine, lui fait voir les jardins et canaux, carpes, leur donne du pain, canes, cygnes, faisans et l'autruche. A dix heures à la messe, puis à la volière, aux galeries; dîné à onze heures et demie. A cinq heures et demie le Roi le mène au jardin des canaux, puis au jardin des faisans, où il mange un bon morceau de pain bis, voyant en manger au Roi et à la Reine; il voit jeter la mangeaille aux oiseaux. Je parlois assez bas du serein à Mme de Montglat pour l'en faire retirer; il l'entend, et soudain va vers Leurs Majestés: Adieu, Mecheu, adieu, Mecheu, velà le serein, mama Doundoun[122], penez-moi. A six heures trois quarts soupé.
Le 3, vendredi.—Éveillé à sept heures, le Roi se joue à lui; il ne veut pas que Madame danse ni que le Roi la baise; en est fâché contre le Roi, qui, pour l'apaiser, lui dit: «Baisez-moi, mon fils, je ne la baiserai plus.» Il sort avec le Roi, qui le mène à la chambre de la Reine, au jardin, à la volière; il ouvre et ferme le robinet des fontaines, mouille le Roi. A douze heures et demie mené chez M. Zamet au Roi et à la Reine, fort gentil jusques à ce que le Roi se voulut coucher sur le lit vert. Otez-vous de là, ôtez-vous de là, dit-il, et se met en fâcheuse humeur; menacé de verges, il n'en perd pas la fantaisie; enfin un quart d'heure après le Roi se met en son séant: Ha! le velà ôté, dit-il. La Reine s'en prend à rire.—Mamanga[123], Sept
1604 fouettez maman, elle a ri. Elle feint de la battre.—Non, fouettez-la tout à fait.
Le 4, samedi, à Fontainebleau.—Il s'amuse en déjeûnant à de petits marmousets de poterie[124]. A cinq heures le Roi arrive de la chasse en la grande galerie; il s'en va courant à bras ouverts au-devant du Roi qui blémit de joie et d'aise, le baise et l'embrasse longuement, le mène en son cabinet, le promène le tenant par la main, changeant de main selon qu'il tournoit, sans dire mot, écoute M. de Villeroy rapportant des affaires au Roi, ne peut laisser le Roi, ne le Roi lui. Ramené en sa chambre; à six heures soupé. Il va en la galerie; LL. MM. étoient à l'issue du fruit. Le Roi lui donne un peu de carottes sauvages en compote, puis un peu de reste du vin clairet fort trempé. A huit heures et demie mis au lit; le Roi arrive et le baise, le Roi étant extrêmement content.
Le 5, dimanche.—A huit heures un quart le Roi arrive, qui le veut forcer à le baiser; le voilà entré en si fâcheuse humeur qu'il en fut fouetté par S. M. Il se défend, l'égratigne aux mains, le prend à la barbe. Mme de Montglat le fouette aussi; il le fut cinq ou six fois. Le Roi lui demande (en lui montrant des verges): «Mon fils, pour qui est cela?» Il répond en colère: Pou vous. Le Roi fut contraint d'en rire; cela dura plus de trois quarts d'heure, le Roi l'ayant prins et laissé diverses fois. Le Roi s'en va.—Je veux, dit-il, papa; le Roi revient, le baise. A dix heures le Roi et la Reine le mènent à la messe. A quatre heures et demie goûté; le Roi le mande; il va trouver le Roi au jardin des canaux, va voir courir le blaireau dans la cour de la maison.
Le 6, lundi.—Levé, vêtu en présence du Roi, il s'amuse Sept
1604 à manger des raisins de Damas que le Roi lui donne; déjeûné en présence du Roi. Mené à la Reine, puis par la galerie au jardin des pins et des canaux; il va au-devant de M. de Rosny, qui, dit-il, m'a donné mon beau lit. A onze heures et demie dîné, il se fait mettre son épée bleue qu'il appelle françoise.
Le 7, mardi, à Fontainebleau.—Madame arrive qui avoit une robe de même que la sienne, il la renvoie de jalousie; mené en la chambre de la Reine, au jardin des cerfs, au Roi, il court au-devant, ôtant son chapeau, et le va embrasser; à dix heures et demie le Roi le mène à la messe. A midi dîné, ayant lui-même mis son couvert. A une heure et un quart il va chez la Reine; en entrant il rencontre le sieur Conchino, lui demande: Où est maman? Entré au cabinet de la Reine. A trois heures et demie goûté; il fait retrousser la barbe à M. de Rosny. A cinq heures et demie mené par le Roi au jardin des pins et canaux.
Le 8, mercredi.—A dix heures et demie mené au Roi et à la Reine, et à la messe. A dîner il voit M. de Montigny, enseigne-colonelle, que l'on appeloit au régiment Nasica; il le reconnoît, se prend à sourire le regardant et montrant du doigt: Velà Nasica; il y avoit plus de trois mois qu'il ne l'avoit vu[125]. A sept heures et demie la Reine vient en sa chambre, puis le Roi; il danse au branle, puis voit danser; à huit heures trois quarts LL. MM. s'en vont[126].
Le 9, jeudi.—Éveillé à huit heures, il ne se veut point laisser nettoyer les pieds avec un linge mouillé; à neuf heures levé, il raille avec cinq ou six capitaines aux gardes, les appelle par leurs sobriquets. A huit heures il va chez la Reine, lui donne le bonsoir, puis chez le Roi, auquel le voulant mener par la terrasse, il Sept
1604 dit: Ne sotez pas, papa, le serein vous fairoit mal; le Roi le ramène par la chambre de la Reine en haut, en la sienne, le voit coucher, lui fait dire son Pater. Le Roi le baise et s'en va.
Le 10, vendredi, à Fontainebleau.—Il donne le bonjour à LL. MM., descend aux étuves. A dîner il se raille à Labarge, va voir le Roi et la Reine en la grande galerie, revient à trois heures en sa chambre. A huit heures il va donner le bonsoir à LL. MM., revient incontinent, dévêtu, mis au lit; le P. Coton lui fait prier Dieu.
Le 11, samedi.—A neuf heures et demie déjeûné; mené au jardin de la Reine, à la volière, il fait mouiller le Roi; le Roi le fait mouiller aussi. On lui demande: «Monsieur, qu'aimez-vous mieux, Saint-Germain ou Fontainebleau? Il répond: Fontainebleau, et l'avoit toujours dit ainsi. A cinq heures il demande du pain bis de M. Zamet et en mange un gros morceau, puis va chez le Roi, qui étoit sur la paillasse, au cabinet. On lui dit: «Monsieur, papa dort.» Il réplique gravement: Dort-i? la Reine remarqua sa façon de parler: «Voyez, dit-elle, comme il parle!»