Le 12, dimanche.—Il ne veut point baiser Madame pource qu'elle étoit morveuse et s'en reculoit en se gaussant. A neuf heures et demie mené chez la Reine et au Roi, comme il prenoit sa chemise; il l'ôte pour la bailler au Dauphin qui la prend et la lui donne fort gentiment. A onze heures et demie dîné; MM. et Mlle de Vendôme dînent tous trois au bout de sa table des restes qu'il leur donne. Avant souper il mit Mme de Montglat en prison, c'est-à-dire dans un coin de fenêtre, pour ce qu'elle avoit baisé M. de Vendôme, et fut long-temps à se remettre en bonne humeur.

Le 13, lundi.—A cinq heures mené par LL. MM. au jardin des canaux; il mange beaucoup et de grand appétit du pain bis; fort gai, il saute devant le Roi par-dessus un petit bâton mis à terre.

Sept
1604

Le 14, mardi, à Fontainebleau.—Il demande son luth; je lui dis: «Monsieur, jouez et chantez Philis.» Il fait jouer et chanter une chanson de guerre. Il a une chemise avec du passement devant la gorge, comme on les souloit porter, et ouverte pour la chaleur; mené au Roi et à la Reine, il sert la Reine.

Le 15, mercredi.—Le Roi arrive qui lui demande: «Mon fils, voulez-vous aller vous promener?» Il répond: Non, car i pleut; le temps étoit fort couvert. Le Roi feint de s'en aller; il ne veut pas, l'appelle, le suit. A dix heures mené à la messe; au sortir de là il fait marcher devant lui deux petits pages de la Reine qui chantoient. Il est ravi, ne disoit mot; en marchant il étoit si transporté de la musique qu'il passa sans prendre garde à la fontaine où il souloit prendre son plus grand plaisir.

Le 16, jeudi.—Mené au Roi, qui le mène à la Reine, puis va avec le Roi au jardin des canaux. A onze heures et demie dîné; maître Guillaume[127] arrive, il le regarde, l'écoute, puis se prend à sourire de ce qu'il disoit, comme ayant reconnu qu'il étoit fol. Il en ricanoit, redisoit ses mots, s'en riant. A cinq heures mené au Roi et à la Reine venant de la chasse.

Le 17, vendredi.—A la fin de la messe on disoit l'évangile sur lui et le Roi s'en alloit, il lui dit: Attendez, papa, qu'on ait dit mon évangile.

Le 18, samedi.—A trois heures et demie goûté; mené en la grande salle neuve ouïr une tragédie représentée par des Anglois[128]; il les écoute avec froideur, gravité Sept
1604 et patience jusques à ce qu'il fallut couper la tête à un des personnages. Mené au jardin et de là au chenil voir faire la curée du cerf que le Roi venoit de prendre; il oit les cors sans s'étonner, voit venir la meute jusques à ses pieds où se faisoit la curée, les voit sur le carnage avec une assurance étrange.

Le 19, dimanche.—A six heures, le Roi passe par la galerie lambrissée et le mène en la grande salle du bal; à six heures trois quarts soupé avec le Roi, il mange de tout ce que le Roi lui donne, sinon la salade, pour la force du vinaigre. Le Roi l'emmène par la main à la chambre de M. le connétable, puis en celle de la Reine; LL. MM. le baisent, il leur donne le bonsoir.

Le 21, mardi.—Éveillé à huit heures, il s'entretient en la mémoire de l'Infante, dit qu'il en a reçu lettres, lui veut écrire. A midi dîné, M. le Chevalier avec lui pour la première fois à sa table; en mangeant il considère l'enrichissement du plancher de la salle, s'enquiert des histoires qui y sont dépeintes. Mené au Roi et à la Reine qui alloient à la chasse; ramené en la salle pour être retiré tout de son long, en terre de poterie, vêtu en enfant, les mains jointes, l'épée au côté, par Guillaume Dupré, natif de Sissonne près de Laon[129]. A trois heures et demie goûté; il donne la patience au statuaire tout ce qui se peut. Sept
1604 A six heures mené à LL. MM. revenant de la chasse.