Le 22, mercredi.—Il donne la main à baiser à M. de Favas le jeune et à d'autres gentilshommes qu'il n'avoit point encore vus, la tend volontairement à tous l'un après l'autre; il s'amuse à ranger ses échecs. A quatre heures le Roi revient de la chasse, il le va voir au cabinet, lui soutient la jambe quand le valet de chambre les frotte, lui donne fort dextrement et de bonne grâce la chemise, l'ayant baisée, lui sert et lui met l'Ordre[130].
Le 23, jeudi, à Fontainebleau.—Maître Gilles, son sommelier, parlant de quelqu'un, dit: «J'ai vu qu'il étoit proculeur;» M. le Dauphin s'en prend à rire: Il a dit proculeu! «Monsieur, dis je, comment faut-il dire? «Il répond: Procureu. Il regarde par la fenêtre de la salle un Espagnol qui voloit[131] sur la corde; on lui dit que c'étoit un Espagnol[132], il répond: C'est donc un ennemi. Mené au Roi et à la Reine sur la terrasse pour voir ce voleur de corde. A trois heures et demie goûté, mené au grand Ferrare[133], de là il veut venir en ma chambre aux Mathurins, me fait l'honneur d'y venir à quatre heures et demie, entre en mon étude, se fait mettre sur la chaise, s'amuse à écrire, ne s'en peut aller; enfin ramené à cinq heures et un quart au jeu de paume, au grand jardin, à la fontaine du Tibre.
Le 24, vendredi.—Il voit les sieurs de Montigny et de Belmont, les entretient de la fenêtre, eux étant en la cour, commande au sieur de Belmont qui alloit sortir de garde, de faire passer la compagnie à travers la cour, les voit Sept
1604 passer, leur dit: Adieu, capitaine Robert, adieu sagean (sergent) Beauchêne, adieu, mes souda, adieu, sagean Lafontaine, qui étoit à la queue; il veut aller sur la terrasse pour les voir par la basse-cour, les conduit de la vue. A quatre heures et demie mené au jardin de Ferrare et monté sur un chariot pour voir courir des chiens terriers contre une laie à demi-morte; ramené en l'allée des ormes, il rencontre le Roi et la Reine revenant de la chasse.
Le 26, dimanche, à Fontainebleau.—Mené à la Reine, laquelle le mène à la messe le tenant par la main, puis au grand jardin trouver le Roi; il voit entrer les gardes, demande qui est le capitaine de cette compagnie; elle étoit à M. de Campagnols.
Le 27, lundi.—Il s'amuse à ses échecs d'argent pendant que Mallery en tire le crayon[134].
Le 28, mardi.—Le Roi le vient voir et s'en va à Paris. Je l'ai mesuré avec un pied et une ficelle de la hauteur de trois pieds et environ demi-pouce. Il se fait habiller en masque, son tablier sur sa tête et une écharpe de gaze blanche, imite les comédiens anglois qui étoient à la Cour et qu'il avoit vu jouer.
Le 29, mercredi.—Il dit qu'il veut jouer la comédie; «Monsieur, dis-je, comment direz-vous?» Il répond: Tiph, toph, en grossissant sa voix[135]. A six heures et demie, soupé; il va en sa chambre, se fait habiller pour masquer et dit: Allons voir maman, nous sommes des comédiens.
Le 30, jeudi.—Mené chez la Reine il est peint en crayon pour le deuxième jour par Mallery, a patience, s'amuse à crayonner sur du papier, voit son portrait. «Monsieur, lui dit-on, voilà votre frère.» Il répond: Non che n'est pas mon frère.—«Monsieur, lui dis-je, voudriez Sept
1604 pas avoir un frère?» Il répond Ho! non, avec une action résolue.
Le 2 octobre, samedi, à Fontainebleau.—Mené au jardin des canaux, à la Reine, il voit pêcher des truites, ramené à la messe; au sortir il s'arrête pour faire donner de l'argent aux pauvres.
Le 3, dimanche.—Il dit: Habillons-nous en comédiens, on lui met son tablier coiffé sur la tête; il se prend à parler, disant: Tiph, toph, milord, et marchant à grands pas.