Le 4, lundi.—Éveillé à six heures, il s'amuse en son séant à ses échecs; il a le cœur à la chasse et aux armes, tous autres passe-temps ne lui sont rien. Il veut un tablier tout blanc, sans ouvrage, comme celui de M. de Verneuil et non comme le sien où il y avoit du passement. A douze heures et un quart dîné; il dit Bénédicité pour la première fois. Il se rit de ce qu'il ne pouvoit prononcer la lettre r.

Le 8, vendredi.—En sortant de la messe il voit des pauvres, ne veut point passer qu'il n'ait, selon sa coutume, donné l'aumône. A quatre heures il va au pied de la montée au-devant du Roi, qui arrive de Paris, l'embrasse, a peur de M. de Favas à cause de sa jambe de bois.

Le 9, samedi.—Le Roi lui mène M. de Favas, qui lui donne des cerises afin qu'il n'aye plus peur de lui à cause de sa jambe de bois. Mené au lever de la Reine il saute, fait des cabrioles; mené par la galerie au jardin des canaux, où étoit le Roi, portant un bâton en mousquet et une fourchette, il se campe, couche en joue, tire: Pou! tou! avec une voix forte. Le Roi le fait tirer contre M. le Grand et M. de Montpensier, mais il n'a jamais voulu tirer contre M. de Souvré[136]. Mené chez la Reine, il y trouve un maçon qui raccoustroit; il le suit partout où il va, le regarde faire.

Le 10, dimanche.—Mené au Roi en la chambre de la Oct
1604 Reine; le Roi dit. «Je m'en vais botter.»—Et moi itou, dit-il, je me veux botter. On va quérir ses bottes, M. de Courtenvaux lui présente une paire d'éperons; il se laisse botter, appelle M. de Vendôme, lui dit: Bottez-moi. Étant botté il marchoit par la chambre avec une extrême allégresse disant à chacun: Je suis botté et éperonné. Le Roi lui demande: «Mon fils, que ferez-vous maintenant que vous êtes botté et éperonné?» Il répond: Je monterai à cheval.—«Où est votre cheval?»—A l'écuirie.—«Et quel cheval est-ce?»—C'est mon cheval bleu, puis je irai à la chasse. Mené à la galerie pour ce qu'il ne pouvoit laisser le Roi.

Le 12, mardi.—A trois heures et demie il est mené par le bout de la grande galerie au jardin des pins, où le Roi s'amusoit à ceux qui dressoient les palissades et leur commandoit ce qui étoit de son intention; il écoutoit attentivement et suivoit le Roi, les mains sur le dos. Le Roi veut prendre sa main, il ne veut pas; le Roi prend son chapeau sur sa tête et le lui jette en terre; le voilà en colère. Le Roi lui fait peur de la bête, s'en va, le quitte; il s'apaise, va trouver le Roi au jardin des canaux, et, sans dire mot, lui va prendre la main.

Le 13, mercredi.—Il se promène après le Roi et la Reine, fait autant de tours comme eux, Mme de Montglat lui tenant la main. Le Roi lui veut prendre la main, il ne le veut pas; le Roi s'en fâche, il entre en mauvaise humeur et se y opiniâtre. Il demande pardon au Roi, il l'embrasse, mais ne lui veut jamais donner la main.

Le 15, vendredi.—A dîner il s'amuse, en mangeant, à faire jouer du luth le sieur de Hauteribe; M. de Saint-Géran lui parle d'une épinette, il n'a point patience tant que l'on l'aie apportée. M. de Saint-Géran en fait jouer son page, Hauteribe joue du luth et Boileau du violon; il les écoute avec ravissement. A sept heures trois quarts je lui dis: «Monsieur, voilà le petit homme qui jette le sable.» Il répond: Eh! couchez-moi.

Oct
1604

Le 18, lundi, à Fontainebleau.—Il s'amuse à un petit mercier, fait acheter des anneaux de paille. Le Roi le mène à son souper, où il lui sert la serviette, deux fois à boire, et refuse à boire le reste, fait l'essai, puis lui demande congé pour s'aller coucher.

Le 19, mardi.—Il se fait botter et éperonner; on lui retrousse la cotte en grègues et sa robe tout autour; en marchant il se fait mettre en écharpe son épée de M. de Lorraine et puis sa trompe. En cet équipage il marche en cavalier et, résolu, descend en la chambre de la Reine où étoient les Princesses, MM. le grand écuyer et de Roquelaure, qui se prirent tretous à s'écrier et rire. Il s'arrête court sans s'étonner, les considère, puis dit froidement: Je suis botté, moi, et prend sa trompe et se met à tromper, fait plusieurs tours dedans la chambre. Il ne se vit jamais rien de plus gentil; il marchoit droit et couroit sans s'entre-heurter des éperons.—A sept heures trois quarts mis au lit; «Monsieur, lui dis-je, vous n'avez plus de guillery.» En se découvrant il fait apporter et approcher la bougie et dit: La velà t'i pas. M. le Grand dit à sa nourrice, de qui le mari étoit venu le jour précédent: «Vous fîtes hier noce, madame la nourrice»; par rencontre il va répondre: C'est d'un flageolet.