Le 15, lundi, à Paris.—A six heures et trois quarts déjeuné, étudié, écrit, dansé; il se ceint d'un cimeterre avec la ceinture à la Turque, faite d'un tissu et se panadoit; il se met en posture disant: Je veux avoir ainsi ce cimeterre quand l'ambassadeur d'Espagne me viendra voir. Il demande à jouer au volant en attendant son tireur d'armes. Mené en carrosse à la plaine de Grenelle, où il monte à cheval et court un lièvre; ramené à cinq heures, il joue à la poule, jeu de cartes, avec la Reine.

Le 16, mardi, à Paris.—Mené en carrosse à Meudon, où il a dîné, au château; à une heure il va au parc courir un chevreuil. Ramené en carrosse, il va chez la Reine, et à six heures soupé. Il étoit las, à demi endormi; il avoit fait tout ce jour un grand brouillas (sic) et mouillant comme de la pluie. Le duc de Feria, ambassadeur extraordinaire d'Espagne, lui envoie deux pleins bassins de Nov
1610 petits gants d'Espagne par des valets; il le remarqua, car aussitôt qu'ils furent sortis il dit: Voyez quelles gens ce sont; ce sont des estafiers.

Le 19, vendredi, à Paris.—Il fait chevalier de l'accolade l'ambassadeur de Venise, venu ambassadeur extraordinaire devers Sa Majesté, avec une incroyable adresse, en présence de la Reine, qui voulut y assister; ce fut le premier qu'il aye fait, qui s'en alla si content qu'il ne pouvoit faire partir sa vue de dessus lui. A huit heures dévêtu, mis au lit, il se fâche contre M. de Souvré et lui dit: Vous ne m'aimez pas aujourd'hui, vous m'avez dit que j'étois un enfant.

Le 20, samedi, à Paris.—Son précepteur lui demande: «Sire, sur quel prince ou roi commencerez-vous un jour à faire la guerre? Je sais bien que le Turc est infidèle, mais sur quel autre roi?»—Je vous le dirai pas, répond le Roi, gravement[40]; il mettoit en bataille ses hommes de plomb sur la table verte percée. Il s'amuse à courir après ses petits oiseaux, qu'il avoit mis dehors dans son cabinet des livres. A huit heures mené par la galerie aux Capucins et aux Tuileries; il voit courir deux loups qu'il avoit fait porter dans la carrière de l'écurie, puis un chevreuil dans le jardin. Ramené en carrosse chez la Reine à onze heures, puis dîné; il est mené en carrosse à la plaine de Grenelle, où il est monté à cheval pour courir le lièvre; il court beaucoup.

Le 21, dimanche, à Paris.—Mené en carrosse à vêpres pour la veille de la Sainte-Cécile. Il va chez la Reine, y joue à gillet, gagne six écus.

Le 22, lundi, à Paris.—A sept heures déjeuné, étudié, écrit, tiré des armes, dansé; il se met en mauvaise humeur pour ce que M. de Souvré le vouloit mener à Notre-Dame; il ne vouloit pas, à cause, disoit-il, qu'il y auroit une Nov
1610 grande messe. «Oui, Sire, lui dit M. de Souvré, mais il y aura de la musique, que vous aimez tant.»—Oui, mais il y en a de deux sortes, il y en a une que j'aime point; c'étoit le plain-chant. M. de la Noue, gentilhomme, heurta pour entrer, M. de Souvré commande de lui ouvrir la porte! Hé! mousseu de Souvré, je vous prie que non.—«Pourquoi, Sire?»—Pource qu'il me verroit en mauvaise humeur. Enfin mené en la galerie, puis en carrosse à la messe à Notre-Dame, à son corps défendant. A trois heures, après avoir donné audience à l'ambassadeur de Mathias, roi de Hongrie, il est mené en carrosse à vêpres, aux Augustins.

Le 24, mercredi, à Paris.—Mené à la galerie et à la boutique d'un marchand qui avoit des besognes de la Chine; ramené à dix heures, il entend la messe en son cabinet, puis va au conseil et en sort à onze heures. A cinq heures il va en la galerie, y fait atteler ses dogues à son petit carrosse, et fait du carrossier[41]; il va chez la Reine, y joue au poirier, au grand cabinet.

Le 26, vendredi, à Paris.—Il s'amuse à peindre en étudiant.

Le 27, samedi, à Paris.—Éveillé à deux heures après minuit, en sursaut, criant fort haut: Madame de Guise! Il se rendort jusqu'à six heures trois quarts. A onze heures dîné, bu du vin blanc; peu après il demande encore à boire, puis dit tout à coup: Non, non, j'en veux point; il rêvoit quelquefois ainsi en mangeant. A trois heures goûté, mené en carrosse chez la reine Marguerite, joué, couru, sauté au jardin. Ramené à cinq heures, il va chez la Reine, revient en sa chambre, y voit jouer un Espagnol joueur de gobelets; il découvre une partie de ses jeux.

Le 30, mardi, à Paris.—A onze heures dîné; tout le Nov
1610 long du dîner et du souper il s'amuse à jouer du tambour avec son couteau et la queue de sa cuiller, battant sur la table, sur les vaisselles, sur l'assiette, sur le cadenat[42].