Le 17, jeudi, à Paris.—Mené en carrosse aux Tuileries, où il fait porter ses piques, arquebuses, enseigne, et fait sa compagnie.

Le 18, vendredi, à Paris.—A huit heures et un quart déjeûné, étudié, écrit, tiré des armes, dansé. M. Estienne[12] lui apporte quelques sentences qu'il avoit imprimées par son commandement, de celles qui lui étoient données par son précepteur.

Le 19, samedi, à Paris.—Mené en carrosse au village de Issy, à la maison d'un nommé La Haye; il y pêche à la ligne, prend à la deuxième fois.

Le 20, dimanche, à Paris.—A neuf heures déjeuné; il fait manger son potage à son perroquet jaune. M. le maréchal de la Châtre, qui étoit ordonné pour mener Juin
1610 l'armée en Clèves, lui demanda: «Sire, si je rencontre les ennemis, que vous plaît-il que je fasse?» Il répond: Donnez la bataille.

Le 21, lundi, à Paris.—A sept heures et demie, mis au bain d'eau tiède avec feuilles de vigne, dans la grande chambre: il y a demeuré trois quarts d'heure; mis au lit, où il a demeuré une heure, puis levé. Il va à la messe à l'antichambre de la Reine, puis au cabinet où la Reine étoit au conseil.

Le 22, mardi, à Paris.—A sept heures et trois quarts mis dans le bain; il y est demi-heure. Lavé le visage[13]; mis au lit, il y est une heure. Il va en la galerie, arme sa compagnie; il prend le hausse-col et sa pique, et marche à la tête. Mené en carrosse jusques au droit de Chaillot, il va à la Savonnerie, se y fait peser et se trouve peser cinquante-trois livres.

Le 24, jeudi, à Paris.—Il donne audience au duc des Deux-Ponts, député des princes protestants, et à celui des États de Hollande. Mené en carrosse à Saint-Martin-des-Champs, il y fait attaquer un sanglier apporté; il n'avoit point voulu permettre que l'on le fît combattre à un lion[14], craignant que le sanglier ne le tuât et disant: Ce seroit dommage, car ces pauvres gens y gagnent leur vie.

Le 25, vendredi, à Paris.—Son précepteur lui demande s'il lui plaisoit pas traduire quelque sentence de françois en latin; il répond: Oui, mais j'en veux faire, prend la plume et écrit de son invention ces mots: Le sage prince réjouit le peuple. Peu après le précepteur lui demande quel étoit le devoir d'un bon prince, il répond: C'est d'abord la crainte de Dieu; et comme il songeoit pour continuer, son précepteur ajoute: «Et aimer la Juin
1610 justice.» Le Roi répart soudain: Non! il faut: et faire la justice. Mené chez la Reine puis à la chapelle de Bourbon, et de là, à midi, en l'hôtel de Longueville, où il a dîné et fait voler les papillons par une pie-grièche. A quatre heures et demie il sort de l'hôtel de Longueville pour aller donner de l'eau bénite au Roi son père dans la salle basse du Louvre. Messieurs, ses frères, Monsieur et M. le duc de....[15] portoient sa queue; il y en avoit cinq. Il étoit conduit par MM. les cardinaux de Joyeuse et de Sourdis[16]. A cinq heures trois quarts mené en sa chambre, il suoit à cause de son habit à capuchon et longue queue à cinq pointes; il est mis au lit et rafraîchi. A six heures trois quarts soupé, mené chez la Reine.

Le 26, samedi, à Paris.—A six heures goûté; il va chez la Reine, au conseil, est ramené à sept heures. Le baron de Montglat vient prendre congé de lui, demandant s'il lui plaisoit lui commander quelque chose; qu'il s'en alloit à l'armée de Clèves; il lui dit: Allez, Montglat, faites bien. Il avoit un nain nommé Dumont, et passe le temps à faire semblant de le marier à Marine, naine de la Reine; fait apporter un contrat et y écrit.

Le 27, dimanche, à Paris.—Mené à vêpres, aux Bernardins, et de là en la plaine de Grenelle pour y voir jeter en la garenne une douzaine de lièvres, et voir voler et prendre un pigeon par deux émerillons. Ramené à cheval en pourpoint tout découpé, il faisoit grand vent, et il arriva au Louvre à six heures et demie, un peu malade.