«Bientôt cela ne me suffit plus; je voulais les posséder, et un soir je coupai une natte avec un couteau.

«Je la rapportai chez moi, la gardant dans ma main durant tout le trajet, et quand je fus dans ma chambre, je fus repris de la même exaltation que dehors.

«Je plongeai la main dans ces cheveux, je les promenais sur mon corps avec délices.

«Je ressentais une profonde contrariété quand je ne pouvais arriver à couper les cheveux que je convoitais.»

Les terrifiants héros des contes d'Edgar Poë n'expriment pas autrement la maîtresse obsession, l'aveuglante et douloureuse obsession qui les sollicite et puis les pousse à l'exécution de leur crime.

Il y a cette fatalité et ce besoin tyrannique, impérieux, d'une volupté immédiate dans les actes des fantomatiques personnages de Poë. L'effroyable meurtrier du Cœur révélateur, le tortionnaire sensuel et raffiné du Chat Noir, les assassins presque vampires et déterreurs de cadavres de ladies Romewna, Ligéia et autres pâles et chimériques créatures sont des frères littéraires du monomane Pelletier.

Tous inconscients, irresponsables, effrayants et douloureux cérébraux irrévocablement conduits au crime et à la terreur par la névrose, la grande névrose apparue au seuil de ce siècle malade dans l'attitude impénétrable qu'avait dans le monde antique la déesse Fatalité.

O les pauvres êtres que la fatigue d'exister déprime et que la névrose obsède, futurs clients pour maisons de santé!

Mercredi, 29 octobre 1893.