Oui, cela m'est déjà arrivé une dizaine de fois.

Que faites-vous des cheveux dont vous vous emparez ainsi?

Je les conserve chez moi: c'est une passion.

C'était une passion: toute l'énigme du mystère était là, c'était une passion. Pelletier ne volait pas les cheveux pour en trafiquer: une perquisition faite à son domicile amenait la découverte de soixante-cinq tresses ou nattes de cheveux de diverses nuances classées en divers paquets, ni plus ni moins que le clavier de chaussettes du duc Jean des Esseintes.

Ce bizarre collectionneur était d'ailleurs un récidiviste. En décembre 1886, un fait analogue l'avait déjà fait arrêter, mais ici commençait le fantastique et l'hallucinant de l'histoire: on rechercha sa première déposition, elle est à faire frissonner:

«Depuis trois ans environ,—disait-il,—quand j'étais seul dans ma chambre, j'étais souvent pris d'un malaise qui commençait par l'anxiété, l'angoisse, le vertige; puis l'idée me venait de toucher des cheveux de femme. Je ne puis dire comment j'ai fait la première fois.

«Mais quand j'ai tenu dans ma main une natte de cheveux, j'ai éprouvé une sensation tellement délicieuse, que j'étais décidé à tout faire pour me la procurer encore...

«Aussitôt que je voyais des cheveux flottants sur des épaules, j'étais obsédé par l'idée de les toucher.