9 octobre 1891.


[XVIII]

L'EXOTIQUE

Elle a aimé les âniers de la rue du Caire, les cowboys du colonel Cody, les tziganes du restaurant roumain et les turcos de la Nouba; pendant toute la durée de la foire Eiffel on n'a vu qu'elle à travers le Champ-de-Mars et l'Esplanade des Invalides. Depuis les Aïssaouas, mangeurs de scorpions, jusqu'aux Druses, chasseurs de serpents, elle a fait halte dans tous les concerts tunisiens, dans tous les campongs et sous toutes les tentes.

D'ailleurs, elles ont été légion, celles qu'a détraquées le bazar exotique de la tour Eiffel pendant l'Exposition. Buffalo-Bill ne s'est-il pas assis à la table d'authentiques comtesses? Pour un torero La Moulue, cette étoile du chahut, n'a-t-elle pas quitté tout un mois l'Elysée, et dans la loge de la divette à la mode, comme dans la turne avec table et cuvette de la pierreuse de la rue des Abbesses, le portrait de Boumboum, marchand de dattes à l'Esplanade, n'a-t-il pas trôné et triomphé, près de cent jours durant, à la place de celui de ce pauvre général, entre un grelot de la veste brodée de Valentin Martin et un bracelet de bois durci d'un fellah...

L'exotomanie fut leur crise aiguë comme leur maladie chronique. Entre un opéra de Wagner et un roman éthopée de Peladan, toute hystérique eut une attaque de buffalite jusqu'à l'ouverture des fameuses Plazas.

Valentin Martin, Mazantini, Cara Ancha, c'en était trop pour des cœurs d'amoureuses exotiques.