Il faut le croire car elle ne quitte plus le village nègre du Champ-de-Mars, où les derboukas et les tambourins d'une perpétuelle foire ronflent, pareils à des essaims d'abeilles, dans les clairs crépuscules de cet octobre bleu.
Toute de blanc vêtue dans de souples lainages, mais combien vieille et avachie déjà avec sa face à bajoues et ses gros yeux de brune impétueuse soulignés au crayon, noircis, gouachés de kohl, elle rôde le long des jours à l'entour des barrières des banquistes, halète comme une chienne avec des yeux luisants autour de leurs passe-passe, fantasias, jongleries, et, les joues bleues sous la poudre de riz, des joues de brune habituées au rasoir, elle fait cent fois par jour le tour de leur enceinte, et puis vient tout à coup s'écraser palpitante, contre la palissade, pour offrir à l'un d'eux un cigare, un londrès, un puro.
Réduite aux Soudanais, aux équivoques et grotesques flirts en petit nègre: «cinquante centimes, serai zenti», avec la fripouille des rues du Caire et la vermine cosmopolite du désert..., pauvre insatiable, comme il fait soir d'automne aussi dans cette âme-là!
12 octobre 1891.
[XIX]
CHAMBRES D'OCTOBRE
I
Il flotte une musique éteinte en de certaines
Chambres, une musique aux tristesses lointaines
Qui s'appareille à la couleur des meubles vieux,
Musique d'ariette en dentelle et fumée,
Ariette d'antan qu'on aurait exhumée,
Informulée encore et qu'on cherche des yeux.