[III]
UN BAUDELAIRIEN
J'aime à plonger ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est renfermé.
La Chevelure, par Charles Baudelaire.
Celui-là, nous l'avons vu à la neuvième Chambre, au moment où trois médecins aliénistes, MM. Voisin, Mottet et Saquet l'emmenaient du banc de l'accusation dans la salle des douches d'une maison de santé.
Il suivait les femmes, se faufilait derrière elles dans les foules et leur coupait leurs chevelures, leurs chevelures fluides et vivantes, qu'il emportait... pour les vendre?... non, pour les garder et se caresser le corps et les mains à leur soyeux contact, comme d'autres voluptueux, mais plus prudents, attardent le titillement de leurs doigts dans des frissons de velours et de soies, roides ou douces, jusqu'à en pâmer.
Lui avait la folie des toisons féminines, souples, molles et pesantes.
Un soir de l'autre été, vers la fin de septembre, une jeune fille, se trouvant avec son père à la station d'omnibus du Trocadéro, sentait un individu placé derrière elle passer la main dans sa chevelure, de longues tresses blondes qui pendaient sur ses épaules. Soudain, elle poussait un cri: l'homme, avec une paire de ciseaux, venait de lui couper les cheveux.