—Et que non que vous ne racontez pas tout, reprenait le grand de Brochart, car vous ne nous dites pas votre arrivée à Venise. Si vous avez quitté Vérone le 19 septembre à cinq heures et demie du soir, vous avez dû arriver à Venise vers les huit heures, et vous y avez trouvé aussi la grève à Venise, et quel sciopero! J'y étais.

—Ah! vous y étiez—et Désambrois levait au ciel deux bras éperdus—ah! vous y étiez. Ç'a été gai, je m'en souviendrai.

—Oui, ces quarante-huit heures-là ne furent pas précisément drôles, philosophait de Brochart, mais il y a de ces minutes dans la vie, et, encore, vous, vous n'avez eu qu'un soir de sciopero. Moi je l'ai eu pendant quarante-huit heures. Il a commencé le dimanche matin pour finir le lundi à minuit.

Alors, Désambrois:

—Je vous conseille, vous n'avez pas été comme moi forcé de porter vos bagages à la gare à Danielli.

Les trois hommes s'esclaffaient.

—Comment, mon pauvre Désambrois, vous avez fait le portefaix, vous, un homme archi-millionnaire!

—Moi, et ma femme aussi.

—Comment, la baronne Désambrois a porté sa valise?

—Parfaitement. Hélène portait l'étui aux cannes et parapluies, moi j'avais les deux mains prises: ma valise d'une main et dans l'autre son nécessaire, et il pèse.