Ces enivrantes odeurs de santal enfin, comme remuées sous les pas de ses femmes voilées, à l’unique œil noir entrevu par la fente du haïck ; et dans cette griserie de lumière, de fraîcheur et d’opprimants parfums, le joueur de derbouka, en qui s’incarnait pour moi le charme alangui et comme endormant de Blidah, s’évoquait à mes yeux au fond d’un café maure. Couché plutôt qu’assis sur une table octogone incrustée de nacre, les jambes et les bras nus hors d’une longue gandoura brochée de grosses fleurs sur fond jaune, une robe d’or couleur des jonquilles mêmes de Blidah, il chantait. Ainsi posé avec, au coin de son oreille, un gros bouquet de roses jaunes et de narcisses piqué sous sa chéchia, il laissait, le musicien d’Asie, traîner d’indolentes mains sur l’instrument à cordes, et sa voix gutturale un peu lasse, aux inflexions tour à tour molles et dures, égrenait ces paroles ferventes qui m’ont semblé être la chanson même de l’amant à l’amante ou du poète épris à la belle, à l’éternellement aimante Ourida.
Un or mystérieux
Sommeille dans tes yeux.
Telles d’étranges bagues,
Dont l’éclat amorti luirait au fond des mers,
J’accueille et reconnais d’anciens chagrins soufferts,
Devenus des joyaux dans tes prunelles vagues.
De tremblants reflets bleus
Coulent de tes cheveux.
Pareille au clair de lune,