D’Héloé. — Vous me prêtez des sentiments…

Mme Baringhel. — Bien naturels. Oh ! je connais les hommes, moins que vous, certainement, mais assez pour les mépriser à leur juste valeur, et la pluie redouble… Dire qu’à Paris on donnait hier la Ville morte et avant-hier le Nouveau Jeu de Lavedan.

D’Héloé. — Oui, mais il y a aussi l’influenza, l’affaire Dreyfus, l’incident Zola et les lettres infectieuses.

Mme Baringhel. — Oui, c’est vrai, nous avons échappé aux lettres anonymes, qui, le premier janvier, ont inondé Paris. Vous soupçonnez qui ?

D’Héloé. — Mais le post-scriptum de Chasteley ne laisse aucun doute. Il pleut de la m…, a-t-il écrit, ça ne peut venir que de Bob ou de Gavrochetinette.

Mme Baringhel. — Odeurs de Tunis, odeurs de Paris ; j’aurais aimé pourtant entendre la prose d’Annunzio.

D’Héloé. — La Sicilienne ne vous suffit donc pas ?

Mme Baringhel. — Rien ne me suffit, mon ami ; les choses me manquent ou bien m’excèdent. Mais que peuvent-ils bien faire dans ce musée ? Pourvu qu’on n’y ait pas retenu lady de Quray ; ils auraient au moins une statue intacte ; ah ! bon, les voici qui sortent.

C’est Junon tout entière à son socle attachée.

Quelle majesté ! Ça m’ennuierait, moi, une femme si grande, c’est tout un monde à parcourir ; mais lord Fingal est vraiment beau, c’est le dieu même de la jeunesse ; mais d’où sort-il ? A-t-il de la fortune, pourquoi voyage-t-il ? Pour son agrément ou celui des autres ?