—Amen, faisait Charles Haymeri.
—Ne chantez pas trop tôt victoire, faisait un quatrième larron que les trois dîneurs n'avaient pas vu venir; une haute stature d'homme venait de surgir brusquement derrière eux.
—Tiens, Paul Sourdière, s'exclamait Stouza, où as-tu pris cette manière de marcher? on ne t'a pas entendu.
—J'ai mes souliers de tennis, semelles caoutchoutées, semelles d'ailleurs adoptées aujourd'hui par tous les cambrioleurs.
—Nos compliments, et que veux-tu dire là, oiseau de mauvais augure: Ne chantez pas trop tôt victoire.
—Je veux dire (et Paul Sourdière commandait un café) que vous pourriez attendre la fin de l'été avant de vous féliciter si haut des bienfaits du climat. C'est qu'il est terriblement perfide, ce ciel estival de Nice dont vous vantez le charme et la douceur, perfide comme l'onde et comme l'Italie. Vous n'avez pas encore commis de bêtise, vous, mais attendez la canicule, quand vos nerfs, dénoués par la mollesse de ce pays, vont s'exaspérer et se tendre comme un arc dans la sécheresse ardente de son mistral.
Attendez le premier sirocco qui nous viendra d'Afrique et, après huit jours de bourrasque et de poussière dans l'âpreté d'un Sahara, quand vous retomberez dans la douceur fiévreuse de ces vagues sans flux et sans reflux, dans ce trop de parfums et ce trop de rut et de caresse épars ici, dans l'unanime consentement des êtres et des choses à l'amour, garde à vous, messieurs, car tout dans cette nature complice énerve la volonté en exacerbant les sens. La première tentation, la plus bête, la plus banale, celle dont vous rougiriez pour autrui, vous trouvera sans défense et le coupable, ce ne sera pas vous, mais ce soleil brûlant qui pompe et détraque le cerveau, ce trop d'ardeur dehors et ce trop de fraîcheur dans les logis.
Vous la constaterez comme moi, la néfaste influence de ce climat, mais trop tard. On n'échappe pas à la fatalité.
—Et tout ceci pour nous apprendre.