Car éternel est mon amour.

La poésie est médiocre, mais la pensée en est exquise, et le peu d'années qui me restent à vivre, mon cher ami, je conserverai une gratitude attendrie à cette forêt où quelques illusions aidant, beaucoup d'artifices aussi, cela je l'avoue, j'ai retrouvé la jeunesse et senti le frôlement délicieux de l'amour.

—Quelle rêveuse vous faites! ne pouvait s'empêcher de sourire l'écrivain.

—Et quelle passionnée aussi! Cela vous pouvez le dire.

—Rêveuse et passionnée, soulignait l'homme de lettres.

—C'est que j'ai si peu vécu.

—Comment?

—Oui, je n'ai pas eu de vie sentimentale, moi. Depuis l'âge de dix-huit ans j'ai lutté, intrigué, mené l'existence d'un homme d'affaires. Je vous l'ai déjà dit, j'ai fait ma fortune. Les passionnés auront vécu; les raisonnables auront duré... Par horreur de la pauvreté, j'ai tout sacrifié pour atteindre la fortune. Je la possède, mais je n'ai pas eu l'amour.

La princesse s'était assise sur un tronc d'arbre.