—Mais vous avez le luxe, princesse. On ne peut tout avoir.
—Oui, j'ai le luxe, un luxe dont je suis prisonnière; un luxe qui me permet la robe de Doucet, le bijou de Morgan, l'installation de Nice et le caprice des villas estivales dans un cadre où l'on trouve toujours des amis? Mais ce luxe-là m'interdit tout caprice, toute fantaisie, toute réalisation de désir. Il m'a désignée comme une proie à toutes les basses convoitises, il m'a appris à douter de tous et de tout; il a fait de moi la dame qui casque. Oh! l'horreur de ce mot, casquer. Oh! quelle horreur!
—C'est que vous êtes trop prudente aussi, princesse; trop réfléchie et trop politique.
—Je suis Anglaise.
—Avec quel orgueil vous dites cela!
—Mais, j'ai regretté souvent de ne pas avoir votre insouciance latine; oui, car c'est affreux, en vérité, d'avoir à la fois cette frénésie d'imagination et ce sang-froid odieux. Ah! ce sang-froid réfléchi, cette prévoyance perpétuelle des probabilités fâcheuses. Comme ce côté anglais a gâché ma vie!
—Votre vie sentimentale?
—Naturellement! Ainsi, je vous ai raconté, n'est-ce pas, mon aventure imprévue et violente, d'il y a vingt ans, avec ce Sicilien ou ce Corse, cet inconnu disparu sans retour? Ce fut peut-être de toute mon existence la sensation la plus délicieuse et la plus forte. Ce fut la plus brève aussi. Eh bien! je ne vous ai pas tout dit.
—Comment! Il y eut une suite?
—Oui et non. Je revis cet homme.