Campée sur ses genoux, moulée dans une robe rose-thé, Kranile était l'idéale barbière: ce qu'elle le rasait! Mais pas autant que moi, car j'avais remarqué que son œil ne me quittait plus. La gueuse m'observait et, la prunelle coulée sous la paupière, guettait chaque tressaillement de ma face, chaque crispation de mes doigts.

—Si vous ne le faites pas pour moi, faites-le pour le garçon, finissais-je par leur dire. J'ai l'air d'être en voyeur. Pour vous c'est humiliant.

—Je ne sais pas ce qu'elle a, me disait Forie en sortant, c'est la première fois que cela lui arrive. Elle ne pouvait pas me sentir, elle est grise.

—Non, elle est verte, répondais-je dans leur affreux argot, c'est un coup à refaire.

Je lui envoyais, le lendemain, deux perles roses et une gerbe d'iris noirs, P.P.C. Je ne l'ai jamais revue.

Izé Kranile a raconté partout que j'étais impuissant.

Si elle savait! S'ils savaient! Oh! les nuits de Naples et d'Amalfi, les promenades en barque dans le golfe de Salerne et les longs et insatiables baisers avec les deux sœurs hongroises à l'hôtel de Sorrente; les soirs en gondole sur la lagune morte, à Venise; les haltes dans les canaux abandonnés de la Judecca, et les rencontres imprévues, les aventures passionnées de Florence, aventures sans lendemain et qui sont éternelles, et les hallucinations exténuantes de Sidi-Ocba et de Thimgad, les baisers de vampire, dans le mirage des sables et la brise salée du désert!

Si elle savait! S'ils savaient!

L'ENVOÛTEMENT