Et ce qu'on souffre en le perdant.

Paris, 25 mars 1899.—Je relis mon journal d'hier. Que de sottises! Jolie, la crise sentimentale du duc de Fréneuse! Je me suis attendri sur du Musset: voici, maintenant, que j'ai une âme de modiste.

Pourquoi ai-je pleuré? Aujourd'hui je le sais.

Oui, c'est cette conversation surprise à travers la cloison, dans cette chambre d'hôtel où je m'étais échoué l'autre nuit, ce sont les deux ou trois phrases échangées entre mes voisins de garni qui m'ont bouleversé tout entier; et de la boue de mon être remuée, un vieux regret est remonté à la surface du marécage et, dans une larme, a fleuri.

Cet hôtel de la rue des Abbesses avec son enseigne allumée toute la nuit, et ses «chambres à un franc», en transparent lumineux sur les verres dépolis de sa lanterne, ce demi-bouge, dont je sais maintenant le chemin et qui m'a vu déjà tant de fois,

Par un soir sans lune, deux à deux,

Endormir ma douleur sur un lit hasardeux.

(car je cite maintenant du Baudelaire pour excuser mes pires faiblesses)... c'est dans ce garni de sixième ordre que j'ai failli trouver mon chemin de Damas, que j'ai cru entendre les paroles de rédemption.

Est-ce assez ridicule?

J'y avais suivi une fille, une fille ni laide ni jolie, ramassée dans je ne sais quelle guinguette, bien moins par désir de sa mine vicieuse que par ce besoin des émotions fortes, dont je garde le goût âpre et mordant depuis que j'en ai bu le mauvais vin; et c'est bien plus le décor et l'atmosphère même de l'aventure que la partenaire qui m'intéresse dans ces sortes d'équipées, car j'ai cette folie du danger, cette hantise des lieux louches et bas.