Puis, les prunelles tout à coup plongées dans celles de l'écrivain:
—Je désirais tant vous voir!
—Mais?
—Oui, j'avais une telle envie de vous connaître… Ne m'en veuillez pas, monsieur de Saint-Yriex. N'avez-vous pas reçu dernièrement une lettre qui vous demandait votre photographie? Elle était adressée au théâtre.
Saint-Yriex en recevait tant, de ces lettres de folles et de fous, qu'il ne les lisait même plus.
—Eh bien! monsieur, c'est moi qui vous l'avais écrite, cette lettre; j'aurais tant aimé tenir de vous cette photographie!
—Mais, mademoiselle, ma photographie est en vente chez les marchands. Vous étiez libre de l'acheter.
—Oui, mais j'aurais voulu la tenir de vous, et puis j'aurais voulu une photographie tirée exprès pour moi, une photographie que les autres n'auraient pu avoir.
—C'est beaucoup de choses; et c'est pour me demander cela que vous êtes venue ici chercher l'adresse de ma femme?
—Oui, j'ai menti et vous pouvez me perdre, monsieur, car si à la maison Gérard-Hermeline, on savait que je suis venue vous demander dans cet hôtel, on me mettrait à la porte; mais j'avais trop envie de vous voir. Depuis le temps que je vous lis, j'ai une telle passion pour tout ce que vous faites! vous êtes mon Dieu! J'ai vu jouer toutes vos pièces; la Fornarina je l'ai vu jouer cinq fois… je songe à vous le jour, je songe à vous la nuit, et il y en a beaucoup, à l'atelier, comme moi! Alors, comme Mme de Saint-Yriex était venue, l'autre jour, et avait dit que vous étiez ici, aujourd'hui j'ai tout fait pour être chargée de lui porter ce corsage… N'est-ce pas, que l'occasion était trop belle? Alors, j'ai inventé un prétexte et je suis venue la demander ici, l'adresse… vous ne m'en voulez pas trop, monsieur?