—Fanny Marlay.
—Eh bien! mademoiselle Fanny Marlay, il faut être sage: c'est très bien d'aimer les beaux vers, mais il ne faut pas trop aimer ceux qui les font. Vous auriez pu mal tomber; vous êtes jeune, très jeune… permettez-moi de vous donner quelques conseils. Vous m'avez vu, vous devez être calmée; j'ai vingt ans de plus que vous, je pourrais être votre père: voyez, j'ai les cheveux blancs.
Et, sur un regard sournois de la jeune fille:
—Enfin, je suis marié.
—Ça, je le sais! soupirait le mannequin.
—Vous voyez donc qu'il faut vous faire une raison.
—Soit, mais il faudra qu'on m'y aide. Vous m'y aiderez, monsieur, car vous êtes bon; oh! j'aurai bien du mal, bien du mal, car je vous aime: il y a dix ans que je vous aime!
Et Fanny Marlay s'abattait en sanglotant sur l'épaule du poète. Maintenant, c'était un déluge de larmes. Saint-Yriex, qui essayait de l'apaiser, sentait leur eau tiède couler sur ses mains.
—Voyons, voyons, mon enfant, calmez-vous, on peut entrer, on peut nous voir. De la tenue! un peu de sang-froid!
Très ennuyé, craignant d'être surpris tenant cette jeune fille entre ses bras, l'écrivain exagérait le ton paternel. Fanny Marlay, elle, s'abandonnait toute. Presque couchée sur la poitrine de l'adoré, elle se pressait amoureusement sur lui et continuait de pleurer.